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Horizons > Juin 2006New Horizons, the newsletter of the Ecumenical Church Loan Fund

 


Un tas d’ordures!

Der Richard Pavlic

Pour certains, ce sont des ordures, pour d’autre, des détritus. Mais pour un groupe de jeunes du Brésil, c’est une manière de gagner leur vie.

A Salvador, dans l’Etat de Bahia situé au nord-est du Brésil, la coopérative de recyclage des ordures CAMAPET rassemble 18 jeunes hommes et femmes de 16 à 24 ans. Leur travail consiste à récolter, trier et compacter des ordures pour les vendre aux entreprises de recyclage. C’est un travail pénible et salissant, mais c’est celui que ces jeunes ont choisi.

CAMAPET recrute ses membres uniquement parmi les élèves des écoles secondaires ou autres établissements supérieurs qui habitent les bidonvilles du quartier du port de Salvador. Ils travaillent pour CAMAPET quand leurs études le leur permettent. Avant de commencer à trier les ordures, ils suivent un cours de trois mois consacré au mouvement coopératif, à la pollution et à la nécessité d’améliorer l’environnement.

Joilson Santos, président de CAMAPET, est âgé de 19 ans et explique avec éloquence que si lui et ses collègues font ce travail, c’est surtout parce qu’il représente un emploi et leur procure des revenus dont ils ont grand besoin.

Les débuts
La coopérative CAMAPET a été lancée en 1999, à la suite d’une enquête effectuée par le Centro de Arte e Meio Ambiente (Centre des arts et de l’environnement – CAMA) dans le voisinage du port de Salvador. Elle faisait partie d’un programme municipal destiné à nettoyer la ville et à promouvoir le tourisme et a montré que le principal désavantage de cette zone était constitué par l’amoncellement des ordures et le chômage.

CAMA a donc décidé de créer une coopérative de recyclage et a ajouté à son sigle les lettres «PET» (pour polyéthylène téréphtalate), communément utilisées dans de nombreux pays pour désigner les matières recyclables.

A l’origine, les ramasseurs de CAMAPET récoltaient les ordures en faisant du porte-à-porte dans le quartier du port. Plus tard, ils se rendirent dans les quartiers voisins pour demander aux Eglises, aux organisations communautaires et aux propriétaires d’appartements la permission de déposer des conteneurs destinés à récolter les ordures. La coopérative achète également des détritus auprès de plus petites entreprises qui n’ont pas de compacteur. Actuellement, les membres de CAMAPET traitent et vendent chaque mois entre 20 et 30 tonnes de matériaux.

Le traitement d’une telle quantité d’ordures représente un énorme travail; en outre, malgré la chaleur et l’humidité, il faut porter des salopettes, des gants de caoutchouc et des bottes, par mesure de sécurité. Mais pour les membres de la coopérative, la plus grande frustration ne vient pas des conditions de travail mais du manque d’entreprises de recyclage de la région disposées à acheter les ordures ainsi traitées. A Salvador, il n’y a qu’une entreprise de recyclage de PET, qui ne peut même pas acheter tout ce que CAMAPET pourrait lui fournir. En conséquence, la coopérative touche un prix relativement bas pour ses matériaux compactés et le surplus est transporté jusqu’aux entreprises de São Paulo, à des centaines de kilomètres.

De jeunes propriétaires
En fait, les membres de CAMAPET sont propriétaires de leur entreprise, pour laquelle ils travaillent et dont ils assurent la gestion de manière collective et démocratique, tout en contribuant au bien public. Les membres constituent l’assemblée de CAMAPET, qui élit les membres du Bureau et de divers comités, dont un est plus particulièrement chargé des questions éthiques.

Le travail de CAMAPET a des conséquences qui vont au delà de la récolte d’ordures. Grâce aux contacts des membres avec les habitants et aux emplacements publics de collecte des détritus, la quantité de déchets recyclables que peut rassembler CAMAPET ne cesse d’augmenter. La coopérative y voit la preuve d’une prise de conscience écologique de la part des habitants des quartiers où elle travaille. Ses membres sont souvent invités à expliquer dans les écoles pourquoi ils récoltent des déchets et comment cela leur permet de gagner de l’argent et de rendre la ville plus propre. Quelques-uns montrent aussi aux enfants comment fabriquer des jouets à partir de déchets.

Tous les ramasseurs d’ordures utilisent leurs gains pour contribuer à leurs frais d’écolage. Certains, comme le président et Jeane Castro dos Santos, membre du Comité d’éthique, suivent même des cours en vue d’entrer à l’université, ce que la plupart des familles du voisinage ne pourraient jamais s’offrir.

Engagement d’ECLOF
CAMAPET a reçu deux prêts d’ECLOF Brésil. Le premier, de BRL (réaux) 5 000 (USD 2 300), a servi en 2004 à acheter des déchets aux collecteurs «sauvages» qui parcourent les rues de Salvador à l’époque du carnaval. La coopérative a ensuite affecté un seconde prêt de BRL 10 000 à l’achat d’un compacteur plus grand, ce qui lui permet de compacter les ordures qu’elle récolte et celles qu’elle achète auprès de plus petites coopératives.

Joilson Santos est convaincu qu’un jour CAMAPET regroupera encore plus de petites coopératives de collecte d’ordures et pourra offrir aux jeunes de Salvador des emplois et de meilleures conditions de travail.

Alexandre dos Santos Campos, 21 ans, en train de compacter du carton.

 

Jeane Castro dos Santos, 19 ans, présente un sac à main confectionné en matériaux recyclés (remarquez l’élégance des bottes de sécurité!)

 

 
 
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