Mon véritable employeur
Joy Cadangen Lumbag était l'une des membres du personnel d'ECLOF International présente à l'Atelier régional africain qui s'est tenu récemment (v. p. 1). Joy a participé à divers ateliers par le passé, mais celui-ci était différent, dit-elle.
Je travaille depuis dix ans avec ECLOF, mais c'était la première fois que je participais à un atelier en tant que membre du personnel. C'est pourquoi je voyais les choses dans une perspective totalement différente. Autrefois, j'étais membre du conseil d'administration d'ECLOF Philippines et, comme tous les autres membres, je travaillais bénévolement et n'attendais aucune compensation. Il me suffisait de voir la vie des clients s'améliorer grâce aux prêts ECLOF, et cela nous incitait tous à offrir notre temps, nos compétences et de l'argent.
Au Ghana, pendant l'atelier, j'ai visité les femmes qui conditionnent le poisson, ainsi que les vendeurs et producteurs de manioc, je les ai interviewés, nous avons été en interaction, j'ai découvert combien ils gagnent et quel intérêt ils doivent payer pour leur prêt ECLOF … cette fois, en tant que membre du personnel je me suis sentie mal à l'aise. La raison principale en est qu'une partie du produit des intérêts que perçoit ECLOF Ghana constitue mon salaire à Genève. Que cela me plaise ou non, c'est la réalité. Nous pouvons donner aux paiements des intérêts ECLOF d'autres noms, mais en dernière analyse, c'est une partie du revenu durement gagné de nos clients qui constitue mon salaire.
Cette prise de conscience m'a interpellée et poussée à travailler davantage pour nos clients, à faire en sorte qu'ils soient ma motivation principale lorsque je travaille à Genève. Ce que je fais ici n'est pas directement lié à nos clients, ce qui était le cas lorsque j'étais aux Philippines. En Suisse, nous sommes loin des paysans, des conditionneurs de poissons et de vendeurs de rues, et on oublie facilement qu'ils sont la raison d'exister d'ECLOF.
Je pense que tous les membres du secrétariat d'ECLOF International devraient aller faire une visite sur le terrain. Cela nous aiderait à recentrer notre travail, nos valeurs et notre engagement pour la mission d'ECLOF.