Le partenariat Eglise – ECLOF au service des pauvres
En 2001, l'Eglise anglicane du Pérou est devenue membre d'ECLOF Pérou et a coopéré avec la fondation dans un quartier pauvre de Lima. L'année suivante, ce partenariat a véritablement démarré après un incendie qui a ravagé le quartier de Mesa Rodonda, causant a mort de plusieurs personnes et faisant de nombreux blessés; l'incendie a détruit boutiques et logements, anéantissant les moyens d'existence de plusieurs centaines d'habitants. L'Eglise est venue en aide aux nombreuses victimes et ECLOF Pérou a lancé un programme de prêts (voir Horizons n° 27, juin 2002).
Aujourd'hui, ECLOF Pérou et l'Eglise anglicane ont lancé un programme conjoint à San Juan de Miraflores, autre quartier pauvre de Lima. 10 500 personnes habitent cette région, dont la plupart ont fui les zones rurales au fil des années pour échapper au terrorisme et aux trafiquants de drogue. Situé sur une colline éloignée du ventre ville, San Juan de Miraflores manque des services les plus élémentaires. Les gens achètent l'eau à des camions qui ne viennent dans le quartier qu'à peine deux fois par semaine. Il n’y a pas d'hôpital, pas de transports publics. Dans ce quartier où les gens vivent souvent sur des terrains qu'ils ont occupés sans en avoir l'autorisation, l'Eglise anglicane offre un service social et des consultations, tandis qu'ECLOF prête de l'argent pour un certain nombre de projets.

Le Pasteur Jaime Siancas Adanaque
Le Pasteur Jaime Siancas Adanaque de l'Eglise anglicane supervise le programme et assure la coordination avec ECLOF Pérou. Il dit que les deux organisations sont complémentaires dans leur service auprès des pauvres. Il ajoute que l'Eglise ne pourrait pas accomplir ce travail seule, mais quelle a besoin de "bras" pour l'assister dans sa mission. Pour l'Eglise anglicane, poursuit-il, ECLOF est l'un de ces bras qui la soutiennent, et ses crédits sont ce dont les gens ont réellement besoin. Les pauvres sont très dynamiques. Parfois, un petit élan est tout ce dont quelqu'un a besoin, et ECLOF représente cet élan, dit Jaime Adanaque.
Le programme reçoit le soutien des autorités locales qui fournissent des locaux. L'Eglise a des employés et des bénévoles, et ECLOF Pérou a deux gestionnaires de crédits dans le quartier.

A l'arrière-plan, San Juan de Miraflores. De droite à gauche: Yenesia Dueñas Ortiz, gestionnaire de crédits d'ECLOF, Crecentina Sosa Castellares, Herminio Valenti Caqui, clients d'ECLOF Pérou, Coe Economou, de l'organisation Episcopal Relief and Development, partenaire d'ECLOF, Carolina Vela, gestionnaire de crédits ECLOF, et Carlos Venturo Velasquez, directeur exécutif d'ECLOF Pérou.
Actuellement, les fonds suffisent à l'Eglise et à ECLOF pour soutenir près de 280 familles, et il est prévu d'élargir le programme dans le même quartier et dans trois autres. C'est l'accompagnement spirituel, dit Jaime Siancas Adanaque, qui fait que ce programme diffère de tous les autres. L'Eglise anglicane apprécie aussi ECLOF Pérou en raison de sa structure qui est plus horizontale que verticale. Il fait observer qu'aux assemblées d'ECLOF Pérou, les clients sont invités à prendre la parole et à participer. Cela aide les clients, le personnel et les membres du Conseil d'administration à se sentir engagés et leur donne le sentiment qu'ils font partie d'une même institution.
Les témoignages des clients sont souvent très émouvants. Un jour, Ricardina Medina Pariona (voir l'encadré), qui avait fait un emprunt pour acheter des canards remerciait une gestionnaire de crédits. Lorsque celle-ci répondit qu'elle était heureuse, mais qu'il n'était pas nécessaire de la remercier, la cliente lui dit qu'elle ne comprenait pas. Avant son emprunt, son repas de Noël consistait en thé et en pain. Maintenant elle gagne de l'argent et mange du canard à Noël.

Ricardina Medina Pariona a fait très bon usage de son prêt ECLOF: elle l'a utilisé pour son entreprise d'élevage de poulets et de canards
L'histoire de Ricardina Medina Pariona
Je suis arrivée très jeune à Lima avec mes frères et sœurs aînés. Nous habitions chez un parent à Callao; par la suite, j'ai rencontré mon mari alors que je travaillais dans le district de La Victoria. A l'époque, de nombreux travailleurs et des voisins parlaient de terrains inoccupés où les gens pouvaient s'établir. Mon mari a rejoint ce groupe et en 1970, armés de bâtons, nous avons envahi la zone que l'on appelle aujourd'hui Pamplona Alta, un secteur de San Juan de Miraflores. Nous nous sommes organisés et avons divisé le terrain en parcelles, de sorte que, grâce à Dieu, j'ai aujourd'hui ma propre maisonnette.
J'ai huit enfants et je suis devenue veuve il y a 11 ans. Mon mari est mort dans un accident, il a été écrasé par une voiture alors qu'il quittait son lieu de travail. Mes deux aînés, qui sont charpentiers, m'aident financièrement. J'élève et je vends des poulets et des canards, ce que j'ai entrepris grâce à l'une de mes voisines qui m'a présentée à Sœur Norma Montoya de l'Eglise anglicane. J'ai participé à un projet d'élevage de canards et j'ai suivi des sessions de formation pour apprendre à m'occuper de ces oiseaux. Ensuite, j'ai reçu deux canards (une femelle et un mâle), et après l'éclosion de 15 à 20 canetons, j'ai dû rendre les adultes pour qu'on puisse les donner à quelqu'un d'autre. Une fois adultes, mes canards pèsent jusqu'à cinq kilos, et je les vends vivants au marché ou à qui veut les acheter. Maintenant, à la maison, nous savons ce que nous allons manger pour les fêtes et les anniversaires.
Nous préparons le canard avec du riz, ou nous le mangeons à la "ceviche"; il y a de nombreuses autres possibilités. Maintenant, j'élève aussi des poulets dans la cour de ma maison.
Mon entreprise a bénéficié d'un prêt qu'ECLOF a accordé au groupe de solidarité dont je suis membre. ECLOF a versé le crédit à la banque pour aider de petites entreprises comme la mienne. Je peux maintenant acheter des aliments équilibrés pour mes animaux et j'investis aussi dans la vente de nourriture. Chaque mois, je rembourse mon emprunt et je sais aussi que mes économies s'accroissent. Malgré mes limites – je suis analphabète – les membres du groupe de solidarité m'ont élue comme vérificatrice de nouveaux emprunts et ils m'ont dit que je devrais aussi écrire dans le cahier des comptes rendus, Je connais les chiffres, mais je ne sais pas écrire; je ne sais que signer mon nom. Alors, ils vont devoir m'aider. Je pense qu'il n'est jamais trop tard pour apprendre.
Celles et ceux d'entre nous qui sont membres du groupe de solidarité travaillent depuis deux ans. Nous avons commencé avec peu d'argent, mais maintenant, nous nous sentons tous motivés. Nous en sommes au début du sixième cycle de crédit et nous nous rendons compte combien nous avons progressé. Nous sommes très contents parce que nous savons que nous avons de l'argent pour faire face à n'importe quelle urgence, grâce à ECLOF Pérou.

Des porcs en meilleure santé, grâce à un prêt ECLOF que la famille de Valentín Sosa a utilisé pour acheter un bon fourrage et faire un enclos approprié pour les animaux.
L'histoire de Valentín Sosa
La famille Valentín Sosa est arrivée en 1987 à La Rinconada de Pamplona Alta, un secteur de San Juan de Miraflores. A cette époque, les autorités ont regroupé tous les jeunes couples qui étaient les enfants des premiers 'envahisseurs' de Pamplona Alta et qui avaient besoin d'un logement. Ils les ont installés sur un ancien cimetière, que l'on a dû déplacer. Mme Juana Valentín Sosa, qui avait quatre petits enfants, a cessé de vendre des poulets dans la rue et céda une partie de sa maison à un groupe local qui voulait ouvrir un restaurant communautaire. Aujourd'hui, elle participe aux activités du "Comedor Club de Madres Kenyi" dont elle est membre. Le groupe élève et vend aussi des porcs.
Mme Juana Sosa a dit à Horizons: Comme nous avions pour voisins des éleveurs de porcs, nous avons décidé d'acheter une truie portante avec le salaire de mon mari, qui est cordonnier. La truie a eu neuf porcelets qui, par la suite, ont eu leurs propres petits. Au début, les éleveurs nous ont loué des enclos, et plus tard, nous avons acheté notre propre terrain auprès de l'Association des agriculteurs et éleveurs de La Rinconada.
Il n'a pas été facile d'entreprendre cette activité, parce que nous n'avions pas l'expérience nécessaire. Nous avions 64 porcs, mais ils tombèrent malades et il ne nous en est resté que trois. Nous avons appris qu'il faut les faire vacciner, et qu'un changement d'enclos les met sous pression et qu'ils cessent alors de manger. Nous avons aussi appris qu'à la naissance, il faut arracher huit des dents des porcelets pour qu'ils ne puissent pas mordre leur mère pendant l'allaitement, car s'ils le font, la mère pourrait les écraser et les tuer. Il n'était pas satisfaisant de nourrir nous-mêmes les animaux, car nous n'avions pas de quoi leur donner autre chose que des déchets. Maintenant, grâce au prêt d'ECLOF Pérou, nous avons entièrement changé l'alimentation de nos bêtes et nous leur donnons une nourriture équilibrée. C'est beaucoup mieux et nous voyons la différence. Ils grandissent plus rapidement et deviennent plus forts et plus gros. En outre, leur viande est plus saine pour les consommateurs et nous pouvons les vendre plus cher, de sorte que notre revenu s'est amélioré.
Sans le crédit d'ECLOF, nous étions perdus. Maintenant, nous avons pu améliorer notre élevage. Les porcs sont sur un sol bétonné, plus facile à nettoyer; et ce qui est encore plus important, leur peau est devenue plus mince, et non pas épaisse comme lorsqu'ils étaient élevés dans la saleté. Les gens connaissent bien mon mari, puisqu'il vend des porcs pour préparer du cochon frit pendant les fins de semaine. Il vaccine aussi les animaux et aide les gens à les vendre aux abattoirs.
Le prêt ECLOF nous aide réellement. Nous sommes en train d'agrandir les enclos et allons acheter des porcelets, parce qu'en décembre, il ne nous restera que peu de bêtes. J'aimerais aussi refaire la toiture de ma maison et mon fils cadet souhaite aller à l'Académie militaire, ce qui coûte cher. Nous aimerions aussi acheter un bon terrain pour élever nos bêtes.