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New Horizons > Juin 2005New Horizons, the newsletter of the Ecumenical Church Loan Fund

 

 

Optimiser l’impact social

L’adoption de pratiques issues du monde de l’entreprise et du commerce n’est pas, comme l’imaginent de nombreuses organisations à but non lucratif, uniquement une façon d’accéder à la croissance et au succès. Selon un spécialiste, grâce à l’aide qu’elles apportent, les fondations et corporations génèrent une plus-value pour la société.

Dans l’édition du 3 février 2005 du journal basé à Washington The Chronicle of Philanthropy, Mark Kramer écrit: “La métaphore du commerce s’est emparée de nouvelles façons de penser dans le secteur social.”

Dans son article, "Optimiser l’impact social", Mark Kramer, fondateur et directeur du ‘Foundation Strategy Group’ (FSG), déclare: “Au cours de la dernière décennie, un grand nombre de principes empruntés à la gestion d’entreprise – capital de départ, esprit d’entreprise et portefeuilles d’investissements – ont été intégrés au travail de fondations et d’organisations à but non lucratif. Ces nouvelles idées ont stimulé un nombre considérable d’innovations, amenant sur le terrain des fonds philanthropiques, des entrepreneurs inspirés par une éthique sociale, des subventions pour renforcer le potentiel local, et favorisant l’objectif de plus en plus répandu d’optimiser les petites organisations à but non lucratif."

Mark Kramer ajoute: "Il est vrai que certains principes fondamentaux en matière de stratégie, compétence et efficacité s’appliquent également au secteur à but non lucratif, tout comme ils peuvent le faire pour n’importe quel type d’entreprise. Mais, s’ils doivent être utilisés de manière utile, il importe, dans le contexte particulier du secteur non lucratif, de manier ces principes généraux avec précaution … les limitations les plus manifestes se faisant sentir dans cette ambition largement répandue chez un grand nombre de bailleurs de fonds comme de directeurs d’instances à but non lucratif d’optimiser en misant sur une croissance rapide de l’organisation concernée ."

Pour le fondateur du FSG, il est clair que de bonnes pratiques universelles et un financement propre à long terme sont nécessaires si les instances à but non lucratif veulent produire de bons résultats. Néanmoins, Kramer pense qu’il est important de prendre conscience que l’objectif des milieux à but lucratif est de gagner de l’argent et que les négociants y parviennent en défendant leurs titres de propriété et autres droits par rapport à l’éventualité d’une utilisation par d’autres acteurs économiques de leurs concepts ou de leurs marques. Selon Kramer, dans d’autres contextes il en va tout autrement. “Dans le secteur non lucratif…, l’objectif poursuivi est l’impact social – non le profit – et l’impact social n’appartient à personne. Si des tiers utilisent l’idée lancée par un entrepreneur social, alors ils optimisent son impact social, même si l’entrepreneur en question n’exerce aucun contrôle sur eux ou n’entretient aucun lien juridique avec eux. Autrement dit: les instances à but non lucratif ont un avantage sur ceux qui recherchent le profit: elles peuvent optimiser de diverses manières, et pas uniquement par la croissance de leur organisation.”

Kramer cite le monde de la microfinance pour illustrer ce dernier point. Il explique qu’au départ deux agences ont introduit cette façon radicalement différente d’octroyer des crédits aux pauvres, et ce avec le plus grand succès. Il précise toutefois: “L’ampleur prise par leur idée - avec plusieurs milliers d’institutions consentant des microcrédits dans le monde entier, au bénéfice de 41.6 millions de familles, venant ainsi en aide à plus de 200 millions d’individus – a fait passer ces deux pionnières à l’arrière-plan. Presque toutes ces institutions de crédit n’entretiennent aucun lien avec les agences pionnières, mais elles utilisent toutes l’approche que celles-ci ont inventée.”

Il ajoute: "A priori, générer un impact social en répandant une idée ne semble pas être un concept très original. Durant des décennies, l’imitation a été le saint Graal de la philanthropie. Il n’est pas rare que des fondations financent un petit projet pilote dans l’espoir de démontrer son efficacité afin que d’autres l’imitent dans le monde, optimisant ainsi à l’infini l’impact de la subvention initiale. Mais, bien sûr, cela n’arrive presque jamais. Les idées n’essaiment pas et les gens résistent souvent au changement, même s’il peut s’avérer avantageux. Après avoir financé un projet pilote et son évaluation, la plupart des fondations ont tendance à passer à d’autres projets, laissant ainsi l’idée s’étioler. Les quelques rares fondations qui reproduisent un programme avec succès, bien souvent, ont lancé une vaste campagne et investi de grandes sommes d’argent, des ressources humaines d’encadrement et des années d’efforts pour étendre son adoption."

Même s’il n’est pas facile à des instances à but non lucratif d’optimiser l’impact social de leurs activités, Kramer soutient que cela est possible, mais nécessite un travail au long terme.

"Lorsque le financement est persistant et substantiel, lorsque les stratégies sont bien choisies et qu’une gestion audacieuse poursuit des objectifs clairement définis, il existe de nombreux chemins menant à un large impact. Des campagnes de communication ciblées, des programmes éducatifs, des conférences, une action de soutien, des publications, des sites web, voire même de la publicité – autant de façons d’optimiser l’impact social même si les organisations à but lucratif, elles-mêmes, ne connaissent pas forcément d’expansion.

Kramer conclut en ces termes: “Peut-être que la véritable leçon à tirer n’est-elle pas que le secteur à but non lucratif devrait imiter le monde du commerce, mais qu’un certain nombre de ses pratiques sont susceptibles d’optimiser le changement social – à condition toutefois d’être bien comprises avant d’être adoptées.”

 
 
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