Bien plus que de simples crédits: partager le pain ensemble
Dans la dernière édition de Horizons, nous vous avions fait découvrir comment ECLOF Arménie avait accueilli des visiteurs de l’Eglise de Suède. Roger Marklund, du Département international, nous relate cet événement dans sa propre perspective.
Avant d’entreprendre notre voyage, nous ne savions pas grand-chose d’Etchmiadzin. Aujourd’hui, depuis notre visite à ECLOF Arménie, l’ancienne capitale de l’Arménie nous est devenue familière et nous en savons un peu plus sur le travail accompli par ECLOF dans cette ville.
La majorité des membres de notre délégation (5 personnes) venaient de paroisses locales de Suède où ils jouent un rôle essentiel dans la promotion de l’éducation au développement et la mobilisation de fonds pour financer des projets de développement. L’idée d’entreprendre cette visite a vu le jour à l’occasion d’une formation nationale sur le thème: “Tout le monde à droit à de la bonne nourriture”, qui mettait l’accent sur la microfinance en tant qu’instrument pour que ce droit devienne réalité. Nous voulions constater par nous-mêmes les effets des programmes de microcrédit dans différents pays. C’est pourquoi nous avons organisé des visites au Cambodge, au Pérou et en Arménie.
Groupes de solidarité
Le directeur d’ECLOF Arménie, Tigran Hovhannisyan, et son équipe nous ont emmenés dans des endroits très pauvres de la région de Lory. Nous y avons rencontré des “groupes de solidarité” ayant bénéficié de prêts consentis par ECLOF.
Quand Aida Movsisyan et les siens sont venus vivre à Ardjut en 1992, le village a aidé sa famille à acheter une maison, un terrain et à entreprendre des activités agricoles. Il y a de nombreuses années, Mme Movsisyan a adopté et élevé deux enfants dont la mère était décédée alors qu’ils étaient encore en bas âge. L’un de ces enfants était Arshak Srapyan. Aujourd’hui, il est membre du groupe de solidarité Luys, client d’ECLOF Arménie à Ardjut. Le groupe est composé de 13 membres qui, tous ensemble, ont bénéficié d’un prêt de 3 400 USD. Avec cette somme, ils ont pu élever du bétail et développer les activités de leurs fermes. Le groupe de solidarité Luys explique qu’ECLOF a été la première organisation à les aider à améliorer leurs conditions de vie en leur accordant des prêts, ce qui leur a permis de conserver et de développer leurs fermes. Ainsi, ils ont repris espoir en un avenir meilleur.
Le groupe de solidarité Arghasar-1 de la ville de Stepanavan nous a expliqué que ses membres assumaient une responsabilité collective pour les prêts accordés et leur remboursement. Ils ont précisé qu’il s’agissait d’un bon système parce qu’il est presque impossible à des personnes pauvres isolées de bien gérer seules ce genre de choses.
Huit jeunes hommes constituent le groupe Arghasar-1. Avant, ils étaient tous sans emploi, n’avaient aucun avenir en Arménie et envisageaient d’émigrer. Ils avaient contacté plusieurs instituts arméniens de microfinance, mais les taux d’intérêt proposés étaient trop élevés. On leur disait à chaque fois qu’ils ne pouvaient prétendre à des prêts. Ils ont alors contacté ECLOF. Chez ECLOF, ils ont été reçus différemment; ils se sont sentis traités avec respect et dignité. ECLOF leur a expliqué comment former un groupe de solidarité, ce qu’ils pouvaient utiliser comme nantissement, et comment mettre au point une proposition de projet pour savoir si leurs idées étaient réalistes et viables.
Aujourd’hui, le groupe Arghasar-1 vient de bénéficier d’un deuxième prêt ECLOF. Nous avons rencontré ses membres dans la banlieue de Stepanavan par un bel après-midi d’été. Ils venaient d’engranger du fourrage dans leur étable en prévision de l’hiver. Le groupe possède cinq vaches, 14 veaux et quatre cochons. Leur activité principale est la production de viande mais, récemment, ils se sont lancés dans l’apiculture et disposent maintenant de 20 ruches. La vente du miel contribuera sensiblement à augmenter leur revenu global.
Dans la même région, nous avons rencontré le groupe de solidarité Katnarat-1. Treize jeunes hommes, dont deux Russes, font partie de Katnarat-1. Leur ferme restaurée se trouve dans une zone qui a cruellement souffert du tremblement de terre de 1988. On y voit encore beaucoup de décombres, vestiges de maisons détruites.
Tout comme Arghasar-1, ce groupe en est également à son second prêt ECLOF. Il l’utilise pour développer sa production de viande et de produits laitiers. Le groupe possède 25 vaches et 40 veaux, et ses membres envisagent de diversifier leur activité en produisant du fromage. Par le passé, leur région était célèbre pour ses fromages et en exportait beaucoup.
En Arménie, le taux de chômage est élevé et un grand nombre de jeunes gens, après leur service militaire, se retrouvent désœuvrés. Mais les membres des deux groupes de solidarité que nous avons rencontrés ont fait l’expérience qu’en travaillant sérieusement et en étant soutenus par un prêt ECLOF, il était possible de gagner décemment sa vie.
Mme Aida Movsisyan (au centre) est la mère adoptive d’Arshak Srapyan, membre du groupe de solidarité Luys de Ardjut, un village de la région de Lory en Arménie. Elle accueille Andrea Scleeh (à gauche), pasteure de l’Eglise de Suède, et Armine Baghramyan, jeune Arménienne assistante administrative d’ECLOF, en leur offrant du pain et du fromage appétissants, faits maison. Lorsque les chrétiens récitent le ‘Notre Père’ ils disent: “Donne-nous notre pain quotidien”. Une grande partie du travail d’ECLOF est axée sur les moyens de faire que cette prière devienne réalité pour ceux qui n’ont pas assez à manger.
Réfugiés
Nous nous sommes également rendus dans quelques villages reculés de la région, aux environs de la ville de Tashir. Un grand nombre de villageois sont des réfugiés ayant fui l’Azerbaïdjan en 1988 et 1989 pour gagner l’Arménie, à l’issue de la guerre qui opposait les deux pays. En Arménie les temps sont durs pour tout le monde, en raison de la guerre, du tremblement de terre, de l’effondrement de l’Union soviétique et de la dégradation des industries et de l’infrastructure du pays qui a suivi. Mais la situation est encore plus difficile pour les réfugiés. C’est pourquoi ECLOF concentre son action sur certaines de ces régions où vivent un grand nombre de réfugiés.
Nous en avons rencontré quelques-uns, qui sont désormais clients d’ECLOF. La plupart ont commencé par une petite exploitation agricole et l’élevage de bétail. Ils nous ont expliqué que l’un de leurs problèmes venait du coût élevé du transport du lait produit dans leurs fermes. Ils ont contacté ECLOF pour voir ce qui pouvait être fait. Ils sont arrivés à la conclusion qu’il était possible de réduire considérablement les frais de carburant occasionnés par le transport par camion en ayant recours à du gaz au lieu de diesel. En Arménie, cette technologie est bien connue et largement répandue. Les stations d’approvisionnement en gaz sont aussi courantes que les stations-services ordinaires. ECLOF leur a consenti un prêt pour financer la conversion du moteur des camions et, aujourd’hui, leur vente de lait est devenue rentable. Ainsi, l’ouverture manifestée par ECLOF vis-à-vis de tous les aspects de la production et de la chaîne de consommation a été profitable à tous les partenaires.
Des vies enrichies
Les clients ECLOF que nous avons rencontrés nous ont expliqué comment le microcrédit avait changé leur vie. En coopérant avec leurs voisins, ils sont désormais en mesure de financer l’éducation de leurs enfants, de bénéficier d’un niveau de vie plus élevé et de contribuer au développement de leur communauté. Ils ont également appris à gérer des projets et à planifier leur gestion économique. Et maintenant qu’ils paient des impôts, ils se sentent bien davantage partie intégrante de leur société et capables de contribuer à son développement.
ECLOF Arménie est encore une petite agence comptant moins de 3 000 clients et disposant d’un portefeuille de crédits relativement modeste. Néanmoins, ECLOF Arménie est une organisation qui sait tirer des leçons de son expérience et qui renforce constamment sa capacité à servir la population arménienne. ECLOF a décidément un rôle à jouer lorsqu’il est question de façonner l’avenir du pays à l’échelle nationale, régionale et locale.
Nous, qui avons visité l’Arménie en tant que membres de l’Eglise de Suède, sommes fiers de faire partie de la famille ECLOF. Désormais, nous diffusons des nouvelles d’ECLOF et informons sur ses activités en Arménie afin que davantage de gens puissent soutenir ce travail vital.

Prévenez-moi en m’envoyant un texte
Le téléphone mobile fait de plus en plus partie de notre vie quotidienne. Beaucoup de personnes entretiennent avec leur ‘portable’ une relation du style “je t’aime – je te hais”. Toujours est-il, comme le montre un rapport d’ECLOF Philippines, que le téléphone portable a permis de résoudre un problème qui menaçait d’empêcher le microcrédit d’atteindre ceux qui auraient pu en faire bon usage.
Mario Abellera, pasteur méthodiste, est à la tête d’une petite paroisse dans la ville reculée de Bataraza de la province de Palawan, aux Philippines. Il est par ailleurs président de la ‘Tribal Christian Multi-Purpose Cooperative’ (TRICAMCO). Bataraza est située à 250 km de la capitale provinciale de Puerto Princesa. Sur une route rocailleuse et inégale, il faut plus de six heures pour aller en bus de Bataraza à Puerto Princesa. Pire encore, les transports publics ne fonctionnent que jusqu’à trois heures de l’après-midi. Quiconque rate le dernier bus doit attendre le lendemain pour se déplacer.
ECLOF Philippines a une succursale à Puerto Princesa. L’année dernière, nous avons accepté de consentir un microfinancement à TRICAMCO, afin que que cette coopérative puisse accorder des crédits à ses membres. TRICAMCO a formé 19 groupes et ECLOF a réalisé une évaluation. Les clients qui passaient avec succès le test de l’évaluation devaient bénéficier de prêts. La somme totale que les membres de la coopérative devaient percevoir pour leurs premiers emprunts s’élevait à 14 600 USD.
Mais il restait un problème à régler, qui nous empêchait d’octroyer les crédits. Nous ne disposions d’aucun bureau à Bataraza où est basée TRICAMCO. Trop onéreux, le déplacement d’un membre du personnel d’ECLOF à Bataraza pour suivre de près le remboursement des prêts aurait grignoté le revenu généré par le crédit. Il y avait bien une banque à Bataraza, mais elle n’était pas reliée à Internet, faute de connexion terrestre. Sans personnel ni bureau sur place, comment la branche ECLOF de Palawan pouvait-elle être informée des clients s’acquittant dans les délais de leurs obligations de remboursement? Ayant fait des expériences décevantes avec d’autres coopératives, nous étions, cette fois-ci, tout naturellement prudents.
Confrontés à un tel dilemme, nous avons contacté la banque de Bataraza où les remboursements auraient dû se faire. A notre grande surprise et à notre soulagement, le directeur de la banque nous a dit qu’il était facile de résoudre notre problème. Sa banque utilisait, a-t-il ajouté, cette solution depuis plus d’un an déjà.
En 2003, une société de télécommunication avait installé à Bataraza un réseau de téléphonie mobile. Cette installation était comme une manne tombant du ciel puisque, grâce à ce réseau, la banque pouvait envoyer tous les détails de remboursement par SMS ou messages textes à quiconque en avait besoin. La mise à disposition de cette technologie a permis à notre succursale de Palawan d’accorder des prêts et de recevoir désormais des rapports journaliers sur les montants remboursés à la banque. Si des paiements n’ont pas été effectués, tous les détails figurent dans les messages et nous contactons alors TRICAMCO pour que le pasteur Abellera et ses collègues fassent le nécessaire avant que la situation ne devienne impossible à gérer.