Inciter les banques à investir dans les personnes
Le président d’ECLOF International, le pasteur Christoph Stückelberger, a lancé un appel aux institutions financières pour qu’elles intègrent le microcrédit dans le système bancaire formel et consacrent un pourcentage de leurs bénéfices à des programmes de microcrédit.
Dans une présentation convaincante sur la microfinance, faite devant la Commission pour le développement et la coopération internationaux établie par le gouvernement suisse, le professeur Stückelberger a demandé aux banques de l’hémisphère Nord d’investir jusqu’à 10% de leurs bénéfices et 1% de leurs fonds de retraites dans des fonds destinés au microcrédit.
S’adressant directement aux organisations de microcrédit, le président d’ECLOF a déclaré que leur pérennité dépendait de la confiance qu’elles feraient ou non aux pauvres, à leur solvabilité et à leur capacité d’emprunt.
Dans cette proposition faite à la DDC, Christoph Stückelberger s’est appuyé sur l’expérience d’ECLOF et celle de son partenaire œcuménique Oikocredit pour illustrer quelques défis et occasions du monde contemporain de la microfinance.
Il a rappelé à la commission que 2005 a été décrétée ’Année internationale du microcrédit’ par les Nations Unies. Il a précisé que cette année spéciale reflète l’importance grandissante et le développement rapide de la microfinance qui, à leur tour, appellent une évaluation précise des formes et outils adoptés par les institutions impliquées dans l’octroi de microcrédits.
Il a reconnu que les institutions de microcrédit à caractère commercial sont susceptibles de réaliser de plus grands bénéfices en se concentrant sur des clients à faible risque. Néanmoins, une telle approche ne permet pas d’atteindre l’objectif de l’élimination de la pauvreté. Les acteurs de la sphère commerciale, a argumenté affirmé le professeur Stückelberger, doivent être prêts à prendre des risques et à consentir des prêts en zones rurales et dans des pays à risque. Cela implique de leur part qu’ils acceptent de réduire leurs bénéfices.
Le défi pour les institutions de microfinance (MFI), a expliqué le président d’ECLOF, consiste à augmenter les volumes, baisser les coûts et réduire la séparation nette qui existe entre le crédit destiné aux plus pauvres parmi les pauvres et nécessitant une approche reposant sur des donateurs, et le crédit qui s’adresse aux personnes à revenu moyen bas pour lesquelles une approche à caractère commercial est plus appropriée.
Le professeur Christoph Stückelberger (à gauche), président d’ECLOF International, et Tor Gull, directeur d’Oikocredit, lors du lancement de l’Année internationale du microcrédit’, au siège social des Nations Unies à New York. Tout au long de cette année spéciale, ECLOF et Oikocredit collaborent étroitement.
Christoph Stückelberger a fait remarquer que les gouvernements de l’hémisphère Sud sont confrontés à un certain nombre de défis. Ils ont besoin de créer des environnements réglementaires et opérationnels appropriés pouvant servir de cadre au travail des MFI. Les gouvernements doivent également favoriser la reconnaissance de titres et autres droits de propriété pour les pauvres, de manière à leur permettre de disposer de nantissements adaptés à l’obtention d’un crédit. En outre, les gouvernements devraient accorder aux MFI des privilèges fiscaux ou des exonérations. Christoph Stückelberger est par ailleurs d’avis que les banques de l’hémisphère Sud devraient être contraintes à investir davantage dans les fonds de microcrédit.