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New Horizons, the newsletter of the Ecumenical Church Loan FundHorizons > Décembre 2003

 

Capital d'amorçage pour le sisal

La remarquable histoire d'un groupe d'agriculteurs brésiliens qui, grâce à une aide de départ de la part d'ECLOF, arrivent à vivre en harmonie et à tirer profit de leur environnement sec et rigoureux.

Dans la région semi-aride de l'état de Bahia au nord-est du Brésil, zone de culture du sisal, l'APAEB (Association des Petits Agriculteurs de l'Etat de Bahia) est devenu un nom familier dû au rôle qu'elle joue désormais dans la vie sociale, culturelle et économique des 14 communautés rurales qu'elle dessert..

Initialement une expérience destinée à améliorer le niveau de vie de ses membres, l'Association s'est convertie au fil des ans en sponsor principal et en catalyseur des activités et technologies permettant à la population de cette région du Brésil de vivre en harmonie avec leur rude environnement.

L'APAEB remporte le prix de l'Entreprise Social

Tous les ans, la fondation Schwab pour l'Entreprise Sociale (Suisse) récompense les entrepreneurs sociaux accomplis du monde entier qui savent relever les défis lancés par les changements sociaux et les utilisent pour transformer la société. Fondée en 1998, la Fondation cherche à bâtir une communauté globale d'excellents entrepreneurs sociaux dont les solutions apportées et appliquées à des problèmes sociaux complexes pourront faire école. L'APAEB était parmi les lauréats du Schwab 2002 et Ismael Ferreira, Directeur Général de l'APAEB assista à la cérémonie de remise des prix.

Earning a living from sisal in the harsh north-east of Brazil
La culture du sisal pour gagner sa vie
dans les conditions rigoureuses du nord-est du Brésil.

Premières  semences (d'argent)

A ses débuts, aucune institution financière n'était disposée à prêter de l'argent à l'APAEB ou à ses membres. ECLOF, pour sa part, a entrevu le potentiel du groupe et concédé trois prêts à l'organisation en herbe : le premier en 1989, le second en 1992 à titre de capital de travail pour commercialiser le sisal, et le troisième de l'ordre de 30'000 dollars en 1993 à titre de capital d'amorçage en vue d'un programme d'épargne et de crédit que l'organisation venait tout juste de démarrer. Aujourd'hui, l'APAEB est membre institutionnel d'ECLOF Brésil et son essor dépasse l'imagination de bien des personnes.

Débuts

En 1980, des cultivateurs de sisal des alentours de Valente, importante ville rurale à environ trois heures de voiture au nord de Salvador, ont décidé de fonder l'APAEB en tant qu'organisation à but non lucratif. À l'origine, cette création avait pour but de permettre aux agriculteurs d'augmenter leurs revenus grâce à la consolidation des coûts ainsi que d'écouler leur sisal non transformé. L'association a fonctionné sur cette base pendant un certain nombre d'années jusqu'à ce que ses leaders ont décidé qu'une intervention directe dans la vie sociale et économique de la région s'imposait si l'on voulait apporter des changements véritables.

Le groupe s'est engagé sur cette voie à la fin des années 80 en ouvrant sa première usine de transformation du sisal sec fourni par ses membres en vue de le vendre à des confectionneurs nationaux et étrangers. L'APAEB a alors sollicité un prêt ECLOF pour donner au projet une base commerciale. Puis, en 1992, trois ans plus tard, l'APAEB a reçut un second prêt ECLOF.

Hausse de la qualité

Une fois la transformation du sisal fonctionnant avec rentabilité, l'APAEB a acheté des machines plus sophistiquées et s'est lancée dans la production de sisal plus raffiné. Les résultats ont de quoi impressionner. A l'heure actuelle, l'APAEB a non seulement doublé sa production de sisal de norme qualité industrielle par rapport à 1995, mais produit aussi plus du double de sisal du degré de qualité supérieur et a quadruplé sa production de sisal type 1, la plus haute qualité de sisal raffiné.

Grâce à la production de sisal haute gamme, non seulement les revenus de l'APAEB se sont vus croître suite aux ventes locales et aux exportations mais, en 1996, l'APAEB était également en mesure d'ouvrir sa propre fabrique de tapis et de nattes en sisal. Désormais à la tête de ses propres magasins de tapis, l'APAEB fournit également d'autres magasins de mobilier et tapisserie de la région et reçoit même des commandes de tapis à livrer à de lointaines ambassades du Brésil.

Parallèlement à l'augmentation de sa production de sisal et de produits confectionnés en sisal, l'APAEB a décidé de diversifier sa production en se lançant dans d'autres activités particulièrement adaptées au climat sec et rigoureux du nord-est du Brésil. L'APAEB a incité et aidé ainsi ses membres à élever des chèvres en vue de la production de viande et de lait, achetant ensuite la production de ses affiliés pour la transformer en yaourt, en fromage et aussi en produits confectionnés en cuir de chèvre, allant des peaux de chèvre elles-mêmes jusqu'aux chaussures fines et sacs à main. L'APAEB vend tous les produits issus de sa production dans ses propres magasins (voir plus bas) ou les distribue à d'autres points de vente de l'intérieur de son état et plus loin encore, jusqu'à Sao Paolo et Rio de Janeiro.

Actuellement, l'APAEB incite ses adhérents à continuer de diversifier en se lançant dans l'élevage de cochons, de lapins, de perdrix et de volailles pour la vente et la consommation. L'Association a aussi prévu d'autres activités en respect de l'environnement, cultivant par exemple des vers de terre pour l'humus produit à partir des déchets du sisal, et en tant qu'harnais pour l'énergie solaire.

Finances

L'APAEB ne serait pas où elle en est aujourd'hui si aucun capital ne lui avait été octroyé pour financer sa croissance. Outre l'encouragement et l'assistance technologique dont ses affiliés avaient besoin pour accroître et diversifier leur production, l'APAEB leur a procuré des crédits appropriés. Il s'agit là d'un élément vital et décisif dans la croissance de l'APAEB.

Entre l'époque où l'APAEB a été fondée et le début des 1990, aucune institution financière n'était présente dans la région. Selon l'opinion généralisée des banques et autres institutions de prêts, l'apport total en capital de la part de la population était tout simplement trop faible dans le nord-est du Brésil de pauvreté notoire pour ouvrir et gérer des agences bancaires ou financières rentables dans cette partie du pays.

Bien que n'étant pas en mesure d'assumer légalement la fonction d'agent financier qualifié, l'APAEB a ouvert en 1991 un fonds de crédit de roulement pour ses affiliés. De ce fait, à peine un an plus tard, l'APAEB a mis sur pied une coopérative d'épargnes et de crédit dénommée COOPERE (Coopérative de Crédit Rural de Valente, SA). Peu de temps après, l'APAEB a permis à la coopérative de décoller en recourant à un prêt ECLOF comme capital d'amorçage d'un montant de 30'000 dollars.

À l'époque où COOPERE, à présent Sicoob-Coopere , a été fondée en 1993, elle était l'unique coopérative de crédit pour petits agriculteurs de tout l'état du Bahia. Le nombre de ses adhérents a depuis grimpé et s'élève actuellement à 5600. En 2002, Sincoop-Coopere a concédé des prêts pour un total de presque 3 millions R$ (86 4304 dollars ) . Son portefeuille de prêts en cours fin 2002 s'élevait à 8,1 millions R$ (2 3 33 624 dollars ) , dont 2,4 millions R$ ( 6 91 443 dollars ) catégorisés prêts ruraux. En même temps, la coopérative recevait aussi des dépôts en épargne pour un montant de 2,4 millions R$ et des dépôts à terme s'élevant à 4,4 millions R$ (126 7 646 dollars ) . Ceci vient nous montrer que la source de financement de Sicoob-Coopere's vient des épargnes et dépôts de ses propres adhérents et démontre que le capital potentiel de la région est suffisamment important pour justifier l'ouverture d'une organisation financière pourvu que la politique et les pratiques de l'organisation s'ajustent aux besoins des clients.

Fiche données

•  Le nord-est du Brésil affiche la plus haute concentration de pauvreté non seulement au Brésil mais dans l'Amérique Latine toute entière.

•  Le revenu annuel moyen par habitant est 58% inférieur à la moyenne nationale (1,135 dollar contre 2,644 dollars à l'échelle nationale).

•  Contrairement à ce que l'on croit communément, la pauvreté au Brésil est loin d'être un phénomène urbain. Sur l'ensemble de la population nationale tombant dans la catégorie pauvre, 43% appartient au monde rural. Dans le nord-est, 48% de la population rurale contre 30,7% de la population urbaine vit dans la pauvreté.

•  38% (6,4 millions d'habitants) de la population rurale du nord-est du Brésil dispose d'environ 1 dollar par jour pour vivre tandis que 56% (9,4 millions d'habitants ) ont environ 2 dollars par jour pour subsister.

Outre la maison centrale à Valente, la coopérative dispose désormais d'agences dans sept autres municipalités de la région. Sa plus récente expansion date de mars dernier, date d'ouverture d'une nouvelle maison centrale plus spacieuse à Valente.

La maison centrale ainsi que toutes les agences offrent tous les services d'une banque normale sans toutefois exiger de dépôt minimum. La coopérative émet aussi des cartes de crédit pour usage local auprès de toutes ses agences ainsi que dans bon nombre d'endroits du pays.

Sicoob-Coopere est dorénavant complètement indépendante de l'APAEB mais poursuit son engagement de travailler en faveur du développement durable à Valente et dans sa région. Née de l'APAEB, la coopérative est devenue la banque non officielle des cultivateurs de sisal de la région nord est du Brésil et reste un des partenaires les plus étroits de l'APAEB.

L'époque est loin maintenant où les petits cultivateurs de sisal de cette région du Brésil étaient dépourvus de services bancaires et ne disposaient d'autres formes d'accès à leurs épargnes que le retrait direct ou sous forme de prêt.

La portée des autres activités de l'APAEB a aussi de quoi nous couper le souffle.

Scolarité

Pour les habitants du nord-est du Brésil, la vie est une lutte quotidienne pour cohabiter avec le climat rude et sec. Pour l'APAEB, l'école représente donc un lieu destiné à enseigner aux élèves comment gagner le mieux leur vie et s'arranger le mieux possible au sein de ce climat rigoureux et de leur environnement naturel..

Les connaissances spécifiques dont les enfants issus des petites exploitations familiales agricoles du nord-est ont besoin pour maîtriser l'interactivité avec leur environnement et y gagner leur vie ne sont pas au programme des écoles conventionnelles. En partie pour combler ce besoin spécifique, l'APAEB ouvrit une École Familiale Agricole (EFA) à Valente en décembre 1996. En 2001, l'EFA comptait 79 élèves répartis dans quatre classes de la 6 ème à la 3 ème . Les enfants sont issus de 64 familles de 35 communautés de la région. L'école suit le programme des écoles publiques normales mais offre en plus des cours spécialisés portant sur les pratiques agricoles semi-arides, l'économie rurale et domestique, l'environnement naturel, les mouvements sociaux et les relations humaines.

On enseigne aux élèves à vivre en harmonie et à respecter leur environnement en utilisant des techniques appropriées; une semaine d'école alterne avec une semaine à la maison dans le but de mettre en pratique ce que les élèves ont appris à l'école.

Comme méthode d'enseignement, l'EFA a choisi d'intégrer les élèves sur le lieu de travail même, les impliquant dans la gestion et le fonctionnement de projets consacrés à l'élevage de chèvre, de volailles, de lapins, de cochons, à l'apiculture ou la culture des vers de terre, tout en leur fournissant des connaissances générales sur les pratiques agricoles, l'horticulture, l'ensilage et la fenaison, l'exploitation agricole familiale en zone aride et les plantes médicinales. Les élèves sont aussi responsables des programmes d'élevage de lapins, de poulets, de perdrix et de production d'humus encadrés par l'école et générateurs de revenus. Ces programmes ont lieu dans la ferme expérimentale de l'APAEB qui abrite des projets allant de l'élevage de chèvres, la culture des vers de terre à partir de déchets de sisal, jusqu'au compostage des déchets de sisal pour utilisation postérieure en énergie solaire

Outre la nécessité de trouver des sources de financement, l'école doit pour l'heure rechercher à être davantage reconnue. C'est seulement grâce à la popularité de l'école parmi les familles de la région telle qu'elle se manifeste dans l'augmentation d'année en année des effectifs scolaires que les autorités compétentes vont commencer à se rendre compte de l'importance d'une telle école qui promeut la cohabitation avec l'environnement afin d'inciter la jeunes à ne pas quitter la région.

Magasin

L'APAEB a ouvert en 1981 un magasin de comestibles et de mercerie offrant moins de 100 articles à la vente sur une surface de seulement 18 mètres carrés. Aujourd'hui, la surface du magasin est passée à 900 mètres carrés et plus de 3'800 articles sont en vente dont plus de 10% sont produits dans la même région productrice de sisal que l'APAEB dessert.

Station de radio

Fin 2002, suite à quatre ans de lutte pour la légalité, la station de radio de l'APAEB « Valente FM » a été finalement officiellement reconnue. Sa programmation, pareillement à l'école de l'APAEB, est conçue de façon à satisfaire les besoins spécifiques des habitants de la région semi-aride du nord-est, et reflète la stratégie et la volonté de l'APAEB d'ouvrir une brèche et de démocratiser les moyens de communication du pays..

Club Social

Le Club Social de l'APAEB sert d'aire de récréation aux employés, adhérents et autres personnes qui dépendent de l'APAEB. L'APAEB a décidé de construire le club en raison de l'absence d'installations de loisirs à Valente et alentours. Il abrite des installations sportives couvertes et en plein air, des piscines, une aire de pique-nique et une maison des fêtes. Les fins de semaines, le club organise des manifestations publiques avec des artistes locaux.

Le Festival de Musique et le Mouvement Quixabeira

S'efforçant de promouvoir la culture populaire et d'augmenter la conscience de soi des producteurs de sisal locaux, l'APAEB parraine le Mouvement Quixabeira depuis sa fondation en 1997. En 2001, le mouvement a été officiellement enregistré comme association culturelle. Tous les ans, il organise un festival musical et culturel dans une ville différente du nord-est. La réalisation du sixième festival s'est faite non seulement grâce au parrainage de l'APAEB mais aussi grâce à celui de la Mairie de Valente, de la Coopérative de Crédit Sincoob-Coopere , de l'Organisation du Mouvement de la Communauté (MOC) et de l'Université de l'Etat du Bahia.

Le Directeur Général de l'APAEB dans la presse britannique

The Big Issue , magasine tirant à 253'000 exemplaires, publié dans toute la Grande- Bretagne et vendu par et pour le compte des sans-abris, a récemment consacré un article aux entrepreneurs sociaux sélectionnés parmi tous les entrepreneurs du monde entier par la Fondation Schwab pour l'Entreprise Sociale (Suisse) parce qu'ils se sont distingués en raison de l'importance et de l'impact des entreprises qu'ils dirigent. L'article était intitulé « 65 personnes qui peuvent sauver le monde ». Sur la liste des personnes sélectionnées figurait le Directeur Général de l'APAEB, Ismael Ferreira. Nous lui adressons toutes nos félicitations ainsi qu'à tous les collaborateurs de l'APAEB!

 
 
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