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Réunion entre le Conseil Oecuménique des Eglises
et le Fonds Monétaire International

A sa demande, le Fonds monétaire international (FMI) a eu des entretiens avec le Conseil œcuménique des Eglises (COE).

M. Masood Ahmed, directeur adjoint du Département de l’élaboration et de l’examen des politiques du FMI à Washington D.C., conduisait une équipe de trois personnes venue en visite au siège du COE à Genève en juillet dernier.

Le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises, était accompagné du pasteur Sam Kobia, directeur du Secteur « étude et action », et de M. Rogate R. Mshana, chargé du programme « justice économique ».

M. Ahmed a déclaré que le FMI souhaitait parler de ses politiques avec le Conseil œcuménique des Eglises. Le COE, a-t-il souligné, dispose d’un vaste réseau d’échelle mondiale lui permettant d’être plus proche de la base que le FMI et donc de recueillir les réactions des gens touchés par les politiques de ce dernier. Grâce au dialogue avec le COE, a ajouté M. Ahmed, le FMI espère lui aussi entendre ces réactions.

Questions discutées
Deux principales questions ont été discutées : la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) et l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE-II).

M. Ahmed a déclaré que, après deux ans d’application de l’Initiative PPTE, il fallait accélérer l’allégement des dettes à cause de la baisse du prix des produits de base payé aux pays pauvres et à cause de l’aggravation de la pauvreté. Il a par ailleurs admis qu’il avait fallu longtemps au FMI et à la Banque mondiale pour se rendre compte que les mesures prises en vue de l’allégement de la dette étaient inadaptées et qu’il fallait faire porter les efforts sur la réduction de la pauvreté. « Nous admettons que les agences internationales ont parfois pris des mesures qui ont affaibli certains pays. » Il a parlé des moyens mis en œuvre par le FMI pour éviter que ce type d’erreur ne se répète.

Réponse du COE
Dans sa réponse, le secrétaire général du COE a d’abord remercié la délégation du FMI d’être venue au COE pour s’informer de sa position à l’égard des politiques du Fonds. Il a expliqué que le COE était un réseau ouvert d’Eglises membres où les gens font entendre leur voix et où aussi s’expriment le soutien et la solidarité. Depuis qu’il existe, a-t-il indiqué, le COE s’est beaucoup occupé des questions économiques dans le contexte de la foi, de l’éthique et des valeurs, et il n’a cessé de faire entendre sa voix dans le débat en cours sur l’économie mondiale. Dans ce domaine, la principale préoccupation du COE est de placer l’être humain au centre du développement. Les valeurs et l’éthique ne sont pas considérés comme des concepts abstraits ; ils doivent être traduits dans la réalité humaine.

Pour le COE, a ajouté le pasteur Raiser, le problème de la dette est un problème de justice économique, qui appelle l’annulation totale de la dette des pays pauvres. Pour procéder à cette annulation, il ne faut pas attendre que les conditions fixées par les créanciers soient réunies. Il faut mettre en place un nouveau processus d’arbitrage, indépendant et transparent, qui permettra de négocier et d’approuver l’annulation internationale de la dette. Il faut aussi prendre des mesures visant à accroître la responsabilité des pays débiteurs une fois que la dette aura été annulée. Ces mesures devront être définies, et leur mise en œuvre supervisée, par des organisations communautaires locales, notamment des Eglises et d’autres organisations représentant la société civile, pour veiller à ce que l’annulation de la dette se traduise par une juste répartition de la richesse. Les fonds illégitimement transférés sur des comptes secrets dans des banques étrangères devront être reversés aux pays débiteurs.

Intervenant dans la discussion, M. Rogate Mshana a ensuite déclaré que ce qui préoccupe le COE, c’est que le calendrier imposé par le FMI ne laisse pas aux populations le temps de définir quelle société elles veulent. Par exemple, a-t-il expliqué, les DSRP sont attachés au modèle de la croissance sans limite, et rien ou presque n’a été fait pour examiner ce type de croissance sous l’angle de la justice, de l’éthique et de ses conséquences écologiques. Chercher à réduire la pauvreté et non à l’éliminer, c’est pratiquer un développement de « goutte à goutte » où certains sont condamnés à demeurer pauvres. Il y a donc une très nette différence entre la façon dont le COE considère le développement et la conception que s’en fait le FMI.

M. Rogate a aussi estimé qu’il fallait procéder à une authentique réforme institutionnelle du FMI afin de le rendre plus démocratique.

A la fin de la réunion, le FMI et le COE se sont engagés à maintenir le dialogue et à se rencontrer régulièrement.

 
 
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