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L’ECLOF et Oikocredit : ensemble pour un séminaire historique

Le 23 novembre, l’ECLOF et Oikocredit ont participé ensemble à un séminaire intitulé « Signes d’espérance, jubilé 2000 et crédit aux pauvres », qui était organisé au Centre œcuménique, à l’occasion du 25ème anniversaire d’Oikocredit et de la réunion des conseils de fondation des deux organisations.

Le séminaire a réuni les membres des conseils de fondation et le personnel des deux institutions qui devaient débattre de ces questions : pourquoi et comment œuvrons-nous pour le crédit équitable ? comment faire pour offrir de nouveaux signes d’espérance aux laissés-pour-compte des systèmes de crédit traditionnels ?

L’épouse du président de la République d’Afrique du Sud, Mme Zanele Mbeki, présidente d’Oikocredit, et le pasteur Christoph Stückelberger, président de l’ECLOF, ont chacun fait une présentation devant les participants.

Le pasteur Setri Nyomi, secrétaire général de l’Alliance réformée mondiale, a livré quelques-unes des réflexions théologiques que lui ont inspiré le thème du séminaire. Le pasteur Sam Kobia, directeur exécutif au Conseil œcuménique des Eglises, quant à lui, présidait la rencontre.

Appel à la coopération
Dans ses remarques, Mme Mbeki a déclaré qu’à l’aube de ce nouveau millénaire elle espérait que les deux organisations sauraient s’épauler l’une l’autre et réaliser la valeur ajoutée qu’il y a à être une organisation chrétienne œuvrant pour la promotion communautaire. Sur la base d’une évaluation menée par les deux conseils de fondation sur l’actuel niveau de coopération, elle a appelé à une coopération plus formelle entre l’ECLOF et l’Oikocredit.

Mme Mbeki a expliqué que les services de l’ECLOF et d’Oikocredit étaient un signe d’espérance pour ceux qui ont perdu espoir. Séparément, a-t-elle expliqué, nos institutions ne peuvent pas soulager ou éliminer la pauvreté ; ce n’est qu’en travaillant ensemble et en nouant des alliances avec d’autres qu’on peut véritablement amener le changement.

Dans son exposé, le pasteur Stückelberger s’est associé à l’appel lancé par Mme Mbeki en faveur d’une coopération plus étroite entre l’ECLOF et l’Oikocredit. Il a ensuite développé les sept exceptions du crédit équitable établies par Jean Calvin le réformateur (voir p. ? ?), qu’il considère comme étant la base sur laquelle les deux organisations doivent s’appuyer.

Le pasteur Kobia a loué les deux institutions pour les efforts qu’elles font en vue d’ouvrir les horizons des pauvres. Tant l’ECLOF qu’Oikocredit, a-t-il noté, ont commencé leurs opérations bien avant que la mode du microcredit. Leur mérite, a-t-il ajouté, tient au fait qu’elles n’ont pas cherché à établir un système où il y a des gagnants et des perdants mais à instaurer la justice.

Le pasteur Nyomi a analysé l’effet du crédit en se référant au récit de Jésus sur l’homme qui était parti en voyage en confiant son capital à ses serviteurs (Matthieu 25, 14-29 ; Luc 19, 11-26).

Dans son analyse, le pasteur Nyomi a mis en évidence un certain nombre de leçons sur le crédit, concluant que le crédit pouvait être un magnifique signe d’espérance s’il était octroyé justement et dans un esprit de coopération à des personnes qui, autrement, n’y aurait pas accès.

Etudes de cas
L’ECLOF et Oikocredit ont chacune présenté une étude de cas pour illustrer les difficultés inhérentes aux types de crédit qu’elles octroient mais aussi les succès enregistrés.

Jennifer Riria, membre du Conseil de fondation de l’ECLOF et directrice du Kenya Women Finance Trust, membre institutionnel du comité d’administration de l’ECLOF-Kenya, a expliqué le programme de crédit, les mécanismes et les produits offerts par le CNE kényen.

Erik Heinen, directeur régional d’Oikocredit pour l’Europe orientale, a parlé de l’impact des activités de prêt de son organisation dans cette région.

Puis, Pilar Ramirez, membre du Conseil de fondation de l’ECLOF, et Gert van Maanen, directeur général d’Oikocredit, ont présenté les domaines de coopération possible entre les deux organisations.

Principal signe d’espérance donné par le séminaire, l’ECLOF et Oikocredit ont décidé de créer un groupe mixte de travail chargé de définir les domaines de coopération, et d’y donner suite dans un délai fixé d’avance.

Intérêts équitables : les sept exceptions de Calvin le réformateur
par Christoph Stückelberger
Séminaire ECLOF-Oikocredit, 23 novembre 2000

En Europe, jusqu’à la réforme, il était défendu de demander des intérêts, surtout en raison de l’interdit figurant dans l’Ancien Testament (Exode 22, 24 ; Deutéronome 23, 20 s.). Toutefois, cet interdit a connu de nombreuses exceptions. Le célèbre réformateur, Jean Calvin de Genève (1509-1564), lui-même, en arriva à devenir très favorable à la perception d’intérêts. Il justifia son attitude en affirmant que l’interdit biblique visait à protéger son prochain, notamment les pauvres et les faibles. Ainsi, même sur la question des intérêts, il est vital de rendre service à son prochain. Il était conduit en cela par le huitième commandement « Tu ne déroberas point » (Exode 20, 15) et par cette règle d’or « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux » (Matthieu 7, 12). Il a donc établi sept prescriptions ou « exceptions » comme il les nomme, qui servent de cadre au prêt à intérêt.

« Premièrement, il n’est pas permis de demander des intérêts aux pauvres et nul ne peut être contraint de payer un intérêt lorsqu’il se trouve dans la misère ou connaît des circonstances difficiles.

Deuxièmement, celui qui prête de l’argent ne devrait pas être intéressé au gain au point d’en négliger ses devoirs, ni déposséder ses frères pauvres en plaçant son argent dans des investissements en toute sécurité.

La troisième exception est que, dans le cas d’un prêt à intérêt, rien ne doit intervenir qui ne soit naturellement juste et correct. Et si la question est examinée selon la règle de Christ, à savoir ce que vous voulez que les hommes vous fassent etc., elle sera considérée comme valable pour tous.

La quatrième exception est que celui qui contracte un emprunt doit tirer autant ou plus de profit de l’argent emprunté (que le créancier).

Cinquièmement, nous ne devrions pas juger selon les coutumes habituelles et traditionnelles (concernant la perception d’intérêts) ce que nous sommes autorisés à faire, ni mesurer les injustices en fonction de ce qui est juste et correct ; nous devrions plutôt régler notre conduite sur la parole de Dieu.

Sixièmement, nous ne devrions pas considérer seulement l’avantage de ceux à qui nous avons affaire mais aussi prendre en compte l’intérêt public et servir la communauté dans son ensemble. Parce qu’il est manifeste que l’intérêt versé par le commerçant est une pension publique, il faut donc veiller soigneusement à ce que le contrat fasse plus de bien public que de mal.

Septièmement, on ne dépassera pas les limites fixées par les lois locales ou régionales, bien que cela ne suffise pas toujours, car souvent elles autorisent ce qu’elles ne sont pas capables de corriger ou d’interdire. Il faut donc préférer ce qui est juste et correct dans les circonstances et s’interdire ce qui est de trop. »

(Adaptation libre du texte original en français)

Le crédit, signe d’espérance
Etude biblique par le pasteur Setri Nyomi, secrétaire général de l’Alliance réformée mondiale
Matthieu 25, 14-29 (cf. Luc 19, 11-26)

La réalité d’aujourd’hui : le crédit est-il un signe d’espoir ?

Il suffit de jeter un coup d’œil sur le monde d’aujourd’hui pour s’apercevoir qu’à bien des égards le crédit n’a guère été porteur d’espérance.

1. De nombreux pays ont reçu des crédits au moment de la décolonisation, de l’accession à l’autodétermination et à l’indépendance. Bon nombre de ces pays sont aujourd’hui endettés et soumis aux conditions imposées par leurs créanciers. Ces conditions bouleversent les politiques sociales de ces pays qui ne peuvent servir les intérêts de leurs populations, surtout dans le Sud.

2. Dans bien des pays, les conditions de vie sont telles que le service de la dette continue à priver les pauvres de leurs droits fondamentaux à l’éducation, à la santé et à l’alimentation.

3. Les programmes d’ajustement structurel imposés à la suite de l’octroi de crédits ont provoqué, entre autres conséquences, le chômage, la hausse du coût de la vie et la dévaluation des monnaies nationales dans les pays du Sud.

4. Même pour les individus, les risques inhérents à l’usage du crédit sont considérables.

Beaucoup de gens ne sont donc guère convaincus par l’image du crédit signe d’espérance.

Le crédit ne peut être source d’espérance que s’il contribue à bâtir l’oikos (l’économie) et à créer les mécanismes nécessaires à sa gestion. Gérer l’oikos sans ressources adéquates est un problème majeur, auquel sont confrontés nombre d’individus, d’institutions, d’Eglises, d’entreprises et de nations. Alors qu’une petite minorité de personnes, d’institutions et de pays disposent de plus de ressources qu’ils ne peuvent utiliser et continuent en fait à dépouiller injustement ceux qui n’ont rien, les autres souffrent précisément parce qu’ils n’ont pas accès à ces ressources.

La parabole des talents a été relatée bien des fois et un peu rapidement interprétée comme ayant une signification purement spirituelle. Certains exégètes se concentrent sur le fait que les riches s’enrichissent et que les pauvres sont condamnés aux ténèbres. Ce genre d’interprétation a trop souvent caractérisé la position de l’Eglise face à ce passage et approfondi le désespoir des pauvres. Aujourd’hui, je voudrais que nous relisions ce récit ensemble.

Les règles du jeu
Avant de nous pencher sur le passage lui-même, il nous faut établir les bases sur lesquelles nous appuierons notre relecture.

1. Plusieurs éléments, à la fois bibliques et théologiques, indiquent clairement que Dieu préfère s’identifier avec les pauvres et les opprimés. Par la conception même qu’il avait de son ministère, Jésus affirmait que sa venue représentait l’accomplissement des Ecritures:

" L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil par le Seigneur". (Luc 4, 18-19).

2. L’aversion de Dieu pour l’injustice sous toutes ses formes, et sa condamnation du phénomène, sont évidentes. Dans Esaïe 58, plusieurs types d’injustice sont énumérés et énergiquement désapprouvés. Le verset 7, par exemple, souligne que le "jeûne" que Dieu préfère est le partage plus équitable des ressources avec les pauvres et les démunis.

3. Il est donc inconcevable que Jésus se serve de cette parabole ou de toute autre pour enseigner que les riches vont s’enrichir tandis que les pauvres vont s’appauvrir.

La parabole
Voyons quels sont les principaux personnages de la parabole:

1. L’homme qui part en voyage. Nous ne savons pas grand-chose de lui, sauf que l’un des serviteurs pense que c’est un homme dur qui profite des autres. Les deux autres serviteurs ne sont pas de cet avis. Quels que soient ses motifs, une chose est claire: l’homme a fait crédit à des gens qui n’avaient aucune ressource au départ, en fonction, semble-t-il, de ce qu’il savait d’eux. Matthieu ne dit pas quelles instructions l’homme a données à ses serviteurs. Dans un passage contenant plusieurs éléments semblables, Luc (Luc 19, 11-27) semble indiquer que l’homme a ordonné à ses serviteurs de faire fructifier les sommes qu’il leur avait données : « Faites des affaires jusqu’à mon retour » (verset 13).

2. Puis nous faisons connaissance avec les bénéficiaires.

a) L’un reçoit cinq talents. Il travaille dur pour faire valoir ce qu’il a reçu, sans savoir apparemment quel bénéfice il en aurait. Le plus probable est que le seul avantage qu’il pensait en retirer était la chance de travailler, parce qu’il en avait les ressources.

b) Le second serviteur reçoit deux talents. Comme le premier, il se réjouit de la possibilité que le crédit lui donne de travailler, et il double son capital initial.

c) Le troisième reçoit un seul talent. Celui-là a analysé l’action de son maître et conclu qu’il n’a rien à gagner dans cette affaire. Il en conclut que ce crédit ne représente pas vraiment une chance. Il a également pesé les risques et décidé de ne rien faire, pensant que ce serait plus prudent. Le résultat de son inaction est qu’il n’a pas profité du crédit qui lui a été accordé; en fait, en termes contemporains, on dirait qu’il a perdu de l’argent. La valeur du capital qu’il rend à son maître doit être inférieure à ce qu’elle était au départ, si l’on tient compte de l’inflation et d’autres facteurs.

Dans la version de Luc, il est aussi question de trois serviteurs, mais l’évangéliste indique clairement qu’en tout, ils sont dix et qu’ils ont reçu chacun la même somme. L’un a multiplié la valeur de cette somme par dix, l’autre par cinq, tandis que le troisième l’a cachée de la même manière et pour les mêmes raisons que le troisième serviteur du récit de Matthieu.

Que nous enseigne la parabole ?

1. Le passage (dans le récit de Matthieu surtout) ne parle pas principalement de l’octroi de crédit financier. La version de Luc semble se rapporter davantage au crédit. Quoi qu’il en soit, en utilisant l’exemple du crédit pour décrire la valeur, dans le contexte du Royaume, des responsabilités qui incombent à ceux qui appartiennent au Royaume de Dieu, on peut l’interpréter comme étant la base sur laquelle se fonde l’espoir qu’offre l’adhésion à ces valeurs. Ce même Dieu, qui attend des êtres humains qu’ils rendent compte de l’usage fait des facilités de crédit qui leur ont été accordées - leur vie, leur énergie, leur santé, leurs chances et leurs ressources, nous donne aussi, par cette image, la possibilité de nous réjouir de ce qui peut être accompli si les gens ont accès à des facilités de crédit équitables . Les personnes qui ont bénéficié de telles facilités sont bien placées pour en parler avec joie.

2. L’objectif explicite de la parabole est de faire comprendre ce qu’est le Royaume des cieux, ou le Royaume de Dieu. Tout au long de son histoire, l’Eglise a mis fortement l’accent sur la signification eschatologique de ces paraboles; mais elles contiennent autre chose. Les aspects eschatologiques et autres des paraboles rapportées dans cette partie de l’évangile de Matthieu semblent indiquer que les habitants de la maison de Dieu (oikoumene) sont responsables les uns des autres et que nous serons appelés à rendre compte à Dieu de notre gestion (voir la parabole suivante, versets 31-46). Ainsi on peut dire que les valeurs du Royaume comprennent entre autres la responsabilité qui nous incombe d’accorder et d’utiliser le crédit de manière à améliorer et transformer les conditions de vie de ceux qui sont dans la pauvreté.

3. A la fin de la parabole, nous voyons que l’intention du maître, en faisant crédit, est de donner à ses serviteurs un signe d’espoir. Ces gens qui ne disposent d’aucun capital ont maintenant la possibilité d’en avoir grâce à cette offre de crédit. Les trois serviteurs ont compris que le capital appartenait au maître. Deux d’entre eux ont vu que cela leur offrait un espoir et se sont mis immédiatement au travail pour le faire fructifier. Leur espoir a été fortifié par la découverte qu’ils ne travaillaient pas uniquement pour un despote qui les déposséderait des fruits de leur labeur. Ils ont au contraire été récompensés de leur travail. Le crédit accordé par le maître a permis de réaliser des choses qui n’auraient pas été possibles, puisque les deux premiers ont doublé leur capital (ou, comme dans l’évangile de Luc, multiplié le capital par dix et cinq respectivement).

4. Le crédit accordé n’aurait pas constitué un signe d’espoir si l’opinion du troisième serviteur concernant son maître avait été correcte. L’intention était réellement de faire du bien aux destinataires, comme le prouvent les récompenses qu’ils reçoivent. Cependant il existe de nombreuses sources de crédit qui correspondent à la description donnée par le troisième serviteur. Ce sont par exemple les systèmes de crédit qui appauvrissent des bénéficiaires déjà pauvres parce que les taux d’intérêt sont si élevés que l’opération n’a plus de sens, ou encore des crédits dont les donateurs comme les bénéficiaires savent qu’ils sont très injustes, tant dans la manière dont ils sont octroyés, que dans celle dont ils sont utilisés. Ce genre de crédits, proposés à des nations, à des institutions et à des individus, abondent et ont souvent été cause de désespoir et de mort.

5. L’espoir suscité par l’octroi d’un crédit ne tient pas seulement à la personne ou à l’institution créancière. Il est déterminé également par la manière dont le crédit est reçu. Il est très important d’examiner les offres de crédit d’une manière critique pour discerner la différence entre celles qui sont justes et celles qui sont injustes. C’est ce qu’ont fait les deux premiers serviteurs: étant satisfaits des conditions, ils ont fait bon usage du crédit pour faire naître l’espoir. Le troisième serviteur a plutôt mal analysé la situation, mû apparemment par le syndrome du "pauvre moi" qui conduit à l’inaction. C’est ce qui se produit généralement lorsqu’on se fonde sur des critères égoïstes ou peu réalistes ou qu’on est convaincu que "rien ne marchera". Le crédit est là pour être utilisé. Certes, il y a des risques, comme dans toute démarche économique. Mais en analysant correctement les conditions et en planifiant les ressources, on peut faire naître l’espoir. L’inaction ne fait que perpétuer un sentiment d’impuissance.

6. Même avec les ressources actuelles, limitées certes, beaucoup de gens n’ont pas d’espoir parce qu’ils ne savent tout simplement pas qu’il existe des sources de crédit, ou parce qu’ils ne croient plus à la possibilité d’en obtenir et, par conséquent, ne voient même pas celles qui sont disponibles dans leurs communautés.

7. Le crédit est un signe d’espérance quand il est disponible, facilement accessible et abordable. Pour beaucoup de gens, il est impossible à obtenir. Pour d’autres, il est très difficile d’accès. Pensez à tous ces pays où, de nos jours encore, une femme ne peut obtenir de crédit autrement qu’à travers son mari, ou à ceux où les taux d’intérêt sont si élevés et les garanties exigées si importantes qu’elles sont hors de portée de l’emprunteur potentiel. Beaucoup de gens sont capables de mettre un capital en valeur, de le doubler ou même de le tripler, mais ils n’ont tout simplement pas la possibilité d’obtenir du crédit. Les institutions qui sont fidèles au monde habité de Dieu (et qui en ont les moyens) apporteront une espérance à ces personnes si nombreuses qui sont privées de toute perspective, si elles offrent des facilités de crédit appropriées comme le maître l’a fait dans notre parabole. C’est ce que l’ECLOF a fait dans beaucoup d’endroits. Des groupes de femmes, des Eglises, des jeunes, et d’autres encore qui, comme les deux premiers serviteurs, n’auraient jamais imaginé pouvoir être productifs, ont été emplis d’espérance grâce aux prêts de l’ECLOF, de la SCOD (aujourd’hui Oikocredit) et d’autres institutions similaires qui comprennent les valeurs du Royaume.

8. La punition infligée au troisième serviteur n’est pas le signe que Dieu préfère les riches. C’est la confirmation de la récompense qui couronne le bon usage fait de l’espérance que donnent les ressources mises à notre disposition dans ce but précis.

9. On peut naturellement interpréter cette parabole uniquement dans la perspective des pratiques bancaires actuelles, et passer complètement à côté de l’idée du crédit signe d’espérance. Les systèmes bancaires ont tant de préjugés en faveur des riches et contre les pauvres, qu’ils partent de l’hypothèse que les pauvres sont de mauvais risques. Les garanties demandées sont donc inabordable pour eux et pour les petits commerçants et entrepreneurs. Pourtant l’expérience a montré, et des études l’ont confirmé, que les pauvres sont de bons risques et de meilleurs payeurs que les riches. Dans ce passage de l’évangile, le maître a investi dans ses serviteurs et prouvé qu’ils n’étaient pas de mauvais risques.

10. Au contraire, en leur accordant un crédit, le maître a donné espoir à ses serviteurs. Beaucoup de pauvres ont les capacités et le savoir-faire nécessaires pour transformer leur situation et assurer une vie meilleure à eux-mêmes et à ceux dont ils ont la charge. Le crédit peut être justement cette source d’espoir. De plus, comme les pauvres utilisent en général judicieusement le crédit qui leur a été accordé et le remboursent consciencieusement, même les prêteurs peuvent en retirer de l’espoir. C’est bon pour les affaires. Et c’est bon pour les serviteurs et les personnes dont ils ont la charge. Les effets multiplicateurs sont considérables.

11. Le crédit est également source d’espérance pour l’Eglise et d’autres institutions qui s’emploient à "faire la différence" dans la vie des gens. En offrant du crédit, ces institutions rachètent l’erreur qu’elles ont commise de servir les pauvres avec des résultats douteux et se trouvent à travailler avec les pauvres, se mettant en position d’obtenir des résultats durables. Il s’agit ici de développement durable. Dans la parabole, l’homme collaborait avec ses "anciens serviteurs" et les considérait donc comme propriétaires des ressources qu’ils avaient produites, pas seulement comme bénéficiaires.

12. Le crédit est source d’espérance pour des communautés entières, parce que les résultats qu’il produit dépasse le cercle des bénéficiaires. La productivité augmente et permet de donner des emplois à des chômeurs. Dans le récit de Luc, les serviteurs ont démontré qu’ils avaient la capacité d’utiliser efficacement le crédit qui leur avait été accordé; la parabole indique que les deux premiers reçoivent autorité sur des villes entières. Avec les ressources mises à leur disposition par le crédit, beaucoup de gens qui auraient autrement vécu dans la pauvreté ont lancé des petites entreprises qui ont créé des emplois et donné de l’espoir à autrui.

Conclusion
Bien qu’il soit difficile d’établir des analogies directes avec le passage biblique, nous pouvons en tirer au moins deux leçons. En tant qu’instruments de Dieu appelés à transformer la vie des gens, nous pouvons confirmer que le crédit peut être et a été un signe d’espérance. Que ceux d’entre nous qui sont engagés dans ce travail et défendent ce système persévèrent dans leurs efforts. Tant de gens en dépendent.

Le crédit peut-il être un signe d’espérance ? Certainement; le crédit accordé à des conditions justes, équitables et abordables, dans un esprit de coopération avec des gens qui autrement n’y auraient pas accès, constitue une riche source d’espérance.

 
 
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