Le
microfinancement est un moyen dassurer le développement
durable. A lECLOF-Kenya (K-ECLOF), nous cherchons
en même temps à bâtir une solide
structure de soutien social afin que le plus grand nombre
possible de ménages puisse bénéficier
de nos activités de prêt. Nos systèmes
de prêts collectifs visent précisément
cet objectif et constituent actuellement la majeure
partie de nos activités.
Nous avons introduit les prêts collectifs en 1994.
Aujourdhui, 70 pour cent du total de notre portefeuille
de prêts est déboursé sous cette
forme. La méthode adoptée sinspire
du « modèle Grameen », que nous avons
modifié pour tenir compte de la situation locale.
K-ECLOF pratique deux principaux systèmes de
prêts : le jiwezeshe (« aide-toi toi-même
» en swahili) et le diakonia (« service
» en grec). Dans ces systèmes, les prêts
ne sont accordés quà des groupes
dont les membres exploitent déjà des micro-entreprises
ou exercent une activité agricole.
Nous travaillons dans quatre grandes régions
du pays : le Mont Kenya, Nairobi-Est, Nairobi-Ouest
et la Vallée du Rift/Kenya occidental. Chaque
région est sous la responsabilité de deux
gestionnaires de crédit en moyenne, qui soccupent
chacun de 500 à 600 clients. Cette proportion
est plutôt élevée par rapport à
ce qui se pratique généralement dans le
monde de la microfinance. Mais nous veillons à
ce que la plupart de nos clients résident dans
la zone desservie, ce qui nous permet de réduire
la durée des déplacements et les frais
de nos gestionnaires. Récemment, avec laide
financière de lECLOF-Genève, nous
avons acheté deux motocyclettes pour nos responsables
des prêts, afin quils puissent se déplacer
plus rapidement. Les groupes auxquels nous accordons
des prêts se composent de 15 à 30 membres,
que nous encourageons à se constituer en watanos
ou cellules de 5 personnes chacune. Nous cherchons à
ce que des relations étroites se nouent entre
les membres des groupes. Cependant nous ne prêtons
quà des groupes, non pas à des cellules
individuelles.
Promotion
Les gestionnaires de prêts font connaître
nos systèmes de prêts collectifs aux chefs
dentreprises par les contacts directs, les annonces
dans les Eglises, le bouche à oreille ou les
réunions publiques organisées par les
autorités locales.
Lorsque, par exemple, K-ECLOF sinstalle dans une
nouvelle région, nous prenons contact avec la
personne chargée du développement social
dans le district et lui demandons de nous fournir une
liste de tous les groupes inscrits au registre du commerce
qui organisent des clubs dépargne tournants,
appelés « carrousels » au Kenya («
merry-go-rounds »). Tous les mois, chaque membre
paie une somme fixée dun commun accord.
Puis, chaque mois, le total ainsi réuni est versé
à tour de rôle à lun des membres
du club, jusquà ce que tous aient reçu
un paiement. Certains de ces carrousels sont enregistrés
au ministère de la culture et des services sociaux
comme groupes dentraide.
Critères
de sélection des membres
Nous sélectionnons les membres sur la base
de leur lieu de résidence et de leur profession.
Pour être acceptés, les groupes doivent
déjà exercer une activité économique
dans la zone dopération de lECLOF.
Ils doivent de préférence exister et gérer
leurs propres systèmes dépargne
et de crédit depuis au moins une année
et posséder un compte dans une banque commerciale
locale. Pour bénéficier dun prêt,
ils doivent avoir économisé 10 pour cent
au moins du coût total dun projet, et produire
un relevé de compte lattestant. Nous comptons
à lheure actuelle 189 groupes, dont lépargne
totale se monte à quelque 130 000 USD. Grâce
à ces critères de sélection, nous
naccordons des prêts quà des
groupes bien établis dont les membres se connaissent
et se font mutuellement confiance.
Formation
K-ECLOF propose un programme dinitiation et de
formation aux nouveaux membres. Nous leur expliquons
dès le départ quels sont nos objectifs,
nos principes daction, nos règlements et
nos produits, afin quils puissent assimiler le
programme. Nous donnons également des cours élémentaires
de comptabilité, de formation de cadres et de
documentation. La mobilisation de lépargne
fait partie intégrante des activités des
groupes. Les économies servent de nantissement
et la signature de nos gestionnaires est requise sur
les comptes pour la période du prêt ; nous
nous assurons ainsi que les sommes épargnées
ne pourront pas être retirées. Nous encourageons
par ailleurs les groupes à continuer dépargner
pendant toute la durée du prêt afin daccroître
leur capital et de se constituer une garantie pour des
prêts futurs. Nous espérons que de cette
manière, ils atteindront un niveau tel quils
nauront plus besoin demprunter à
des institutions.
Procédure
Nos formulaires de demande de prêt sont très
simples, afin que même les personnes peu instruites
puissent les remplir.
Les chefs de groupe font la première évaluation,
puisquils sont mieux placés pour savoir
combien lentreprise peut absorber et si les membres
individuels peuvent rembourser les sommes demandées.
Ils examinent chaque demande individuelle, avant de
lapprouver ou de la rejeter.
Les gestionnaires de crédit vérifient
ensuite les demandes approuvées par les chefs
de groupes, pour sassurer de la viabilité
du projet et de la solvabilité du requérant.
Les premiers prêts sont relativement modestes
: 385 USD au maximum ; pour les seconds, le plafond
est fixé à 770 USD par membre. Après
le versement des prêts, les gestionnaires de crédit
rendent visite aux groupes aussi souvent que possible
pour vérifier que les fonds sont utilisés
aux fins mentionnées dans la demande. Ces contrôles
permettent de déceler facilement les problèmes
qui pourraient surgir ultérieurement au sujet
du remboursement.
Les prêts sont accordés pour des projets
individuels et doivent être remboursés
dans les douze mois au plus tard. Chaque groupe se réunit
une fois par semaine ou par mois pour gérer son
système dépargne et effectuer ses
remboursements à lECLOF. Le gestionnaire
est le bienvenu à ces réunions, où
il donne souvent des conseils sur diverses questions.
En accordant des crédits à des groupes
plutôt quà des individus, on réduit
considérablement le temps nécessaire aux
gestionnaires pour lévaluation des demandes,
le suivi et le recouvrement.
Performance
Au fil des années, les performances du système
se sont améliorées. Les taux de non-remboursement
sont bas dans la catégorie des prêts aux
petites entreprises. La responsabilité du remboursement
incombe aux groupes, et cest aux chefs de groupes
quil appartient de coordonner la collecte et le
paiement des sommes dues. Une majoration de 5 pour cent
est perçue pour les retards de paiement.
Depuis juin 2000, le taux de remboursement des prêts
collectifs accordés par K-ECLOF est de 95 pour
cent. Ce chiffre encourageant est dû au fait que
les membres des groupes effectuent leurs remboursements
à leurs réunions mensuelles. Si lun
des membres nest pas en mesure de verser sa mensualité,
le groupe le fait pour lui, et recouvre la somme plus
tard. Lorsque les temps sont difficiles et que lun
des membres na pas les moyens de faire son versement,
le groupe lui donne la somme épargnée
par le carrousel. Cela lui permet de régler son
dû sans faillir à ses obligations. Tous
les membres sont solidairement responsables du remboursement
des prêts et si un seul des membres fait défaut,
le groupe ne recevra plus de prêts et les économies
des membres individuels serviront à payer le
solde dû. Cette pratique encourage les membres
à rembourser leurs prêts. Dans le cas du
groupe dUruku-Arithi, lun des membres étant
décédé, les autres ont remboursé
ce quil devait et accueilli un de ses parents
dans le groupe à sa place.
Obstacles
à lexpansion
Lun des principaux objectifs de K-ECLOF est
détendre le champ de ses activités
et la portée de son action. Vu le nombre de clients
potentiels et compte tenu du nombre de collaborateurs
dont nous pouvons disposer, cela est difficile. De plus,
les risques associés à loctroi de
prêts agricoles sont bien réels.
En raison de la sécheresse qui a frappé
le pays, notamment Eldoret, cette année, certains
remboursements nont pas pu être effectués
à temps et nous avons été obligés
de rééchelonner nos prêts. Les systèmes
de prêts collectifs présentent une faiblesse
principale : ils partent du présupposé
que toutes les entreprises commerciales ont la même
période de gestation. Or, la plupart de nos clients
ont des commerces dont les chiffres daffaires
et par conséquent les besoins en capitaux sont
différents. Cette réalité exige
un système qui prenne en compte les besoins individuels
de ceux qui présentent une demande de prêt.
K-ECLOF doit mettre en place un programme efficace de
gestion de linformation qui lui permette de suivre
les transactions individuelles et de veiller à
ce que lorganisation réponde aux besoins
particuliers des clients.
Résultats
Les femmes sont bien représentées
dans les groupes qui bénéficient de nos
prêts collectifs, et nous en sommes très
heureux.
Les conditions de vie vont sans aucun doute saméliorer
à mesure que le revenu moyen des entreprises
augmentera. Cet accroissement créera de nouveaux
emplois ; les familles seront plus stables grâce
à ces nouvelles sources de revenus et demplois.
A mesure que leurs besoins essentiels seront satisfaits,
les emprunteurs pourront tourner leur attention vers
dautres projets générateurs de revenus
- projets dirrigation par exemple - et par conséquent
tirer le maximum des ressources disponibles.
Les améliorations qui accompagnent les prêts
collectifs contribueront également à freiner
lexode rural et à abaisser le taux de mortalité
infantile qui est aujourdhui encore élevé.
Les parents auront les moyens doffrir une meilleure
éducation à leurs enfants, au delà
du niveau primaire. Enfin, lespérance de
vie des enfants augmentera.
K-ECLOF ne se repose toutefois pas sur ses lauriers
; nous savons que nous avons encore bien des défis
à relever, mais nous avons des raisons dêtre
fiers de ce que nos systèmes de prêts collectifs
ont accompli à ce jour.
James
Rukenya, 40 ans, père de quatre enfants,
possède une entreprise de location de charrettes
à bras à Thika Town. Avant de faire ce
métier, il vendait des ustensiles de cuisine
et des vêtements doccasion. Mais comme il
y avait beaucoup de commerces semblables dans la ville,
il a décidé de laisser la vente de vêtements
à sa femme et de se lancer dans la location de
charrettes.
M. Rukenya fait partie du groupe de Mukunu, dont les
membres vendent toutes sortes de marchandises, dont
des appareils électriques, des vêtements
et des chaussures. Au début, le groupe fonctionnait
selon le principe du « carrousel » (système
dépargne décrit dans larticle
principal), auquel les membres empruntaient des fonds
de secours dans les moments difficiles. Lun des
responsables de K-ECLOF leur a fait connaître
lorganisation, à laquelle ils empruntent
maintenant des sommes quils utilisent comme fonds
de roulement.
M. Rukenya a reçu un prêt de lECLOF
de 380 USD ; il a utilisé cette somme pour acheter
deux nouvelles charrettes à bras quil a
ajoutées à son parc de 38 véhicules.
Il les loue à des personnes qui sen servent
pour transporter des marchandises pour des commerçants
de la ville. Aujourdhui, avec un revenu mensuel
de 300 USD, il peut réinvestir une partie de
son argent dans son commerce et pourvoir aux besoins
de sa famille. Il a maintenant fait une nouvelle demande
de prêt pour un montant de 900 USD et a des projets
ambitieux pour lavenir.
K-ECLOF est arrivé à Thika Town il y a
deux ans ; ses activités sont destinées
aux petits commerçants. Daprès M.
Rukenya, les autres membres du groupe et lui-même
préfèrent le programme de lECLOF
à dautres systèmes de crédit,
parce que le taux dintérêt est équitable
et que les remboursements mensuels leur conviennent
mieux que les remboursements hebdomadaires exigés
par certains autres programmes. Ils préféreraient
également que lECLOF ne fixe pas de plafond
à ses prêts et que lorsquun membre
finit de rembourser son emprunt en avance, il puisse
recevoir dautres prêts sans devoir attendre
que le groupe entier ait tout remboursé.
Julius
Meme est agriculteur. Il est membre du projet dirrigation
des petits paysans de Kigene Cirimu, dans le district
de Meru (province centrale du Kenya).
Il ny a quune seule saison des pluies par
an dans cette région. Julius Meme élève
des bovins métissés et cultive des fleurs,
des haricots verts et dautres légumes.
Les animaux et les cultures ont besoin dun apport
deau constant. Les voisins de M. Meme, agriculteurs
eux aussi, sont dans la même situation. Il faut
également de leau pour lusage domestique.
Hors de la saison des pluies, il y a de leau,
mais à trois ou quatre kilomètres de là,
dans les rivières qui coulent au pied des collines
escarpées caractéristiques de cette région.
Avant le lancement du projet dirrigation, M. Meme
ne pouvait cultiver que la moitié de ses terres
et ce, uniquement pendant la saison des pluies. Il ne
faisait donc quune récolte par an. Aujourdhui,
la communauté a assez deau toute lannée
pour satisfaire les besoins domestiques et agricoles.
La femme et les filles de M. Meme ne sont plus obligées
de parcourir de longues distances à pied pour
aller chercher de leau pour la famille. Grâce
au projet dirrigation, financé par un prêt
de lECLOF, le revenu mensuel de ce paysan est
passé de 150 à 250 USD.
M. Meme est les autres membres de sa communauté
avaient entendu parler du système de prêts
collectifs de lECLOF ; ils ont réuni leurs
économies pour pouvoir bénéficier
dun prêt de 23 000 USD, remboursable en
trois ans. Ils ont acheté des tuyaux et toutes
les pièces nécessaires et installé
le système dirrigation. Comme le groupe
compte une centaine de membres, chacun na que
7 USD à rembourser tous les mois.
Le système de prêts collectifs de lECLOF
a fourni à cette communauté leau
dont elle avait tant besoin ; il la aidée
à répartir la charge du prêt quelle
na pas eu besoin de nantir.