Lors
de leur première réunion commune, les membres
africains du Comité central du Conseil oecuménique
des Eglises (COE) et les membres du Comité général
de la Conférence des Eglises de toute lAfrique
(CETA) ont pris lengagement quà lavenir
les deux organismes travailleraient en étroite
collaboration.
Plus de 50 délégués, réunis
en mars 2000, ont discerné les questions réclamant
une attention prioritaire de la part des deux organisations
oecuméniques :
- la
justice économique et la bonne conduite des
affaires publiques
- le
règlement des conflits, lédification
de la paix et la réconciliation
- la
santé et léducation
- la
spiritualité, lidentité et lunité
Les
délégués ont déclaré
que leurs organisations avaient besoin de lignes directrices
claires. Ils ont aussi souligné limportance
des moyens de communication modernes et des techniques
de linformation dans leurs efforts pour créer
des réseaux. Ils ont réclamé un échange
dinformation et une responsabilisation « verticale
et horizontale » à tous les niveaux de lEglise
et un « réveil » des bureaux des femmes
et des jeunes dans les Eglises.
Les difficultés
Dans un discours liminaire, la présidente du
COE Mme Agnes Abuom du Kenya a fait une description saisissante
des difficultés que traverse lAfrique. Elle
a signalé que 189 millions dAfricains souffrent
de malnutrition et que le continent compte 20 millions
de déracinés. Le SIDA, a-t-elle ajouté,
menace la vie. Au Kenya, par exemple, 500 personnes meurent
chaque semaine de cette maladie, tandis que ce chiffre
est de 700 au Zimbabwe.
« Il est alarmant de constater que des millions
de gens meurent dans un monde qui regorge de richesses
», a-t-elle fait observer, en demandant : «
Comment pouvons-nous nous unir pour déjouer le
piège mortel de la pauvreté ? » Pour
Mme Abuom, le système économique mondial
est « injuste » : « Il suce les gens
jusquà la moëlle
[et] engendre
le racisme. »
Un moment crucial
Le secrétaire général de la CETA,
le chanoine Clement Janda a déclaré aux
délégués quils se réunissaient
« à un moment crucial de la vie des Africains.
Nous sommes confrontés aux défis que sont
les guerres civiles, les guerres économiques, les
luttes politiques, les problèmes écologiques,
les catastrophes naturelles ou causées par lhomme,
le fléau du SIDA et dautres maladies curables.
»
Le chanoine Janda a recommandé que les deux organes
directeurs de la CETA et du COE se réunissent «
tous les deux ou trois ans ».
Dans des remarques lues à la séance douverture,
le secrétaire général adjoint du
COE, Georges Lemopoulos, a qualifié la première
réunion des organes directeurs de la CETA et du
COE d « événement historique
». Les recommandations du colloque, a-t-il suggéré,
devraient être « porteuses despérance,
axées sur la pratique, mais aussi capables denflammer
limagination de la population africaine, en particulier
des femmes et des jeunes ».
« Nous avons besoin dune vision commune pour
travailler ensemble dans la lutte pour la vie »,
a déclaré le président de lEglise
presbytérienne du Rwanda, le pasteur André
Karamaga. M. Karamaga, qui est membre des organes directeurs
des deux organisations oecuméniques, a appelé
les délégués du COE et de la CETA
à tendre vers « lunité daction
».
Le mouvement oecuménique
Le pasteur Karamaga a défini les quatre catégories
de personnes qui composent le mouvement oecuménique
:
- Eglises
locales : hommes, femmes et enfants
personnes représentant les Eglises locales
aux échelons national, sous-régional,
régional et international ;
- responsables
ou personnel des organisations oecuméniques
- personnel
des agences donatrices.
Il
a relevé dans les quatre catégories ce quil
estime être des insuffisances en matière
de promotion du mouvement oecuménique.
A léchelon local, les Eglises rencontrent
des problèmes de direction et de gestion ainsi
que des problèmes financiers, a-t-il expliqué.
Elles sont parfois prisonnières de « frontières
étroites » tracées par leurs intérêts
nationaux ou tribaux.
Il a aussi critiqué « les fonctionnaires
oecuméniques » qui perdent le contact avec
les Eglises locales. « Jai du mal à
voir en nous une source dinspiration du mouvement
oecuménique. » Il a ajouté que ceux
qui travaillent pour les agences donatrices ont eux aussi
tendance à perdre le contact avec les Eglises locales.
Réagissant aux remarques dAndré Karamaga,
lévêque Godfrey M. Mhogolo de Tanzanie
a noté que « les instruments oecuméniques
ne communiquent pas les uns avec les autres ». Au
lieu de coopérer, le COE et la CETA se font concurrence
pour mobiliser les fonds des donateurs.
Messages
A lissue de leurs discussions sur la situation
de lAfrique, les délégués ont
décidé dadresser un message de solidarité
aux Eglises membres dans les pays touchés par les
inondations : le Mozambique, lAfrique du Sud, le
Zimbabwe, la Zambie, le Botswana et Madagascar.
Ils ont aussi exprimé leur bouleversement devant
ce qui, à lépoque, avait été
considéré comme le suicide collectif dadeptes
ougandais dune secte, morts le vendredi 17 mars
dans un incendie provoqué délibérément.
Les participants à la réunion ont envoyé
un message de condoléances aux Eglises membres
en Ouganda.
Enfin, ils ont adressé des lettres de solidarité
à dautres pays troublés du continent
: le Nigéria, le Sénégal, le Congo-Brazzaville,
la République démocratique du Congo, lAngola,
le Soudan et la Namibie.