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Le
Sommet Définit Mieux sa Cible
George
Petty, membre du personnel de l'ECLOF Genève
Une
réunion internationale organisée par la Campagne
de promotion du microcrédit en juin a confirmé
le rôle que le microfinancement peut jouer pour atténuer
la pauvreté et aider les femmes.
La
réunion tenue à Abidjan, Côte d'Ivoire,
était en contraste avec le séminaire organisé
en 1998 à Francfort, également par la Campagne
de promotion du microcrédit (voir HORIZONS, n°
20). A l'époque, la réunion avait été
marquée par la recherche agressive de capital d'investissement,
la critique des donateurs et des ONG et l'absence de discussion
appropriée sur les causes de la pauvreté et
de l'injustice économique. Les participants venaient
principalement des Amériques, les Africains et les
Asiatiques étaient très peu nombreux et quelqu'un
a qualifié l'événement de « sommet
anti-microcrédit ».
A
Abidjan, en revanche, les participants venaient du monde entier
et en particulier d'Afrique. Bien que les sujets discutés
ne soient pas particulièrement nouveaux, les orateurs
se sont exprimés de manière positive sur la
manière dont le microfinancement peut aider les plus
pauvres des pauvres et constituer un outil efficace pour éliminer
la pauvreté. La réunion a également examiné
les thèmes importants du rayonnement du microfinancement
et de la définition des objectifs.
La
Campagne de promotion du microcrédit s'est fixé
pour but de fournir des moyens financiers à 100 millions
de pauvres d'ici 2005. Les participants à la réunion
d'Abidjan ont été priés de décrire
la manière dont leurs organisations prévoyaient
de contribuer à atteindre ce but.
Voici
quelques reflets de la réunion, tirés du rapport
final de David Gibbons, directeur de CASHPORTechnical Services,
Malaisie.
Taux
d'intérêt
Question : Etant admis que des taux d'intérêt
réalistes sont un élément essentiel pour
réaliser l'autonomie financière des institutions,
comment le crédit peut-il être utile aux pauvres
s'il est accessible mais néanmoins inabordable - parce
que les très pauvres prennent un crédit pour
gérer leur vulnérabilité et non pour
accroître vraiment leurs revenus ?
«
J'aimerais donner une réponse à cette question
des taux d'intérêt élevés, accessibles
mais non abordables. Pour moi, c'est au client de prendre
sa décision. Il devrait y avoir une relation d'affaires
entre les fournisseurs de microfinancement et les clients.
Permettez-moi de donner un bref exemple de la manière
dont nous abordons cela en Inde. Au départ, les réactions
à notre programme - dans le cadre duquel nous comptions
un intérêt de 20% - étaient très
faibles. Nous avons organisé alors un atelier réunissant
des responsables de centres choisis par leurs propres membres,
les clients. J'ai demandé à ces responsables
: 'Que pouvons-nous faire pour que le programme soit plus
attrayant pour vous ? Que pouvons-nous faire pour répondre
plus efficacement à vos besoins ?' Une dame a levé
la main et dit : 'Si vous voulez réellement nous aider,
ne comptez aucun intérêt. Nous sommes pauvres.
Vous pouvez nous aider en nous donnant simplement de l'argent.'
Je lui ai répondu : 'Oui, je peux faire cela, mais
dans quelques mois nous serons partis, parce que nous aurons
dépensé tout notre argent, nous n'aurons rien
récupéré, et nous ne pourrons continuer
à répondre à vos besoins.' Alors, une
autre dame a levé la main et dit : 'Ne supprimez pas
l'intérêt, mais réduisez votre taux. Réduisez-le
à 10%.' 'Si nous le faisons, ai-je répondu,
nous durerons un peu plus longtemps, mais pas bien longtemps
toutefois. Nous ne serons pas en mesure de répondre
à vos besoins assez longtemps pour que vous sortiez
de la pauvreté.' J'ai ensuite posé cette question
: « Pouvez-vous dégager un bénéfice
en payant le taux actuel de 20% ? Si vous pouvez réaliser
un bénéfice, nous ferons des affaires ensemble.
Si vous ne le pouvez pas, mieux vaut arrêter tout de
suite.' 'Non, non, non. Ne vous arrêtez pas, ne vous
arrêtez pas, nous ferons un bénéfice,'
ont répondu les participants. Et aujourd'hui, ils paient
le taux d'intérêt convenu, et nous n'avons plus
aucun problème du côté des demandes.
Encore
une remarque sur le taux d'intérêt élevé
: il doit naturellement être comparé au rendement
moyen. Le rendement normal sur les investissements pour le
genre de micro-entreprises que nous finançons est très
substantiel. Les recherches qui ont été faites
montrent - et il s'agit de recherches sérieuses - que
les micro-entreprises ont un rendement de l'ordre de 100 à
110% par an. Donc, si nous comptons un intérêt
de 20, 30 ou 40%, il reste un bénéfice pour
les clients. »
Question
: Sur la base de l'expérience de l'auteur, combien
de temps faut-il pour atteindre l'autonomie financière
?
«
Je pense qu'il est utile d'essayer ou d'envisager une approche
différente à l'égard de toute cette question
de la recherche de l'autonomie financière des institutions.
Nous avons tendance à croire qu'il faut créer
d'importantes institutions de microfinancement (IMF) parce
que les principales en ce domaine sont toutes grandes et produisent
beaucoup d'effet ; naturellement, nous voulons aussi produire
beaucoup d'effet, si bien que nous pensons qu'il faut pour
cela atteindre une taille respectable. Mais il y a un autre
moyen de procéder, qui fait son chemin en plusieurs
endroits. L'idée est de préférer les
institutions de petites dimensions, faciles à gérer,
et de créer un nombre relativement important d'IMF
petites et maniables, plutôt qu'une seule grande IMF
à qui il faudra beaucoup de temps pour atteindre l'autonomie
financière, en particulier si elle a placé la
barre très haut. Nous avons longuement réfléchi
à cela, et les modèles que nous avons établis
nous disent que sur la base d'hypothèses raisonnables,
une IMF touchant environ 18 000 clients peut arriver au seuil
de rentabilité au cours de sa quatrième année
d'existence, couvrir ses pertes accumulées à
la fin de la cinquième année, et commencer à
dégager des bénéfices substantiels à
partir de la sixième année. L'ordre de grandeur
est donc ainsi de 18 000 emprunteurs seulement, avec quelque
chose comme six ou sept succursales et un petit bureau de
coordination. »
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