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Microfinancement et mission

Le pasteur Mme Eunice Santana

Eunice SantanaJosé ne peut plus travailler. Il y a quelques années, il a perdu son emploi lorsque la culture de l'ananas dans sa région s'est effondrée parce que les ananas n'étaient plus assez sucrés et que cette industrie n'était plus rentable.

José a 60 ans, mais il en paraît plus. L'an dernier, sa mère, sa fille et son fils sont tous morts du cancer. Personne n'a officiellement expliqué ce qui causait le cancer dans la région; lui pense que c'est la pollution créée par les déchets toxiques que les sociétés pharmaceutiques des alentours rejettent dans l'atmosphère. José et ses voisins sont très pauvres. Ils n'ont pas les moyens d'aller s'installer ailleurs ni d'acheter suffisamment de nourriture. José est convaincu que ses jours sont comptés. Le quartier où il vit ne cesse de s'appauvrir, et personne ne semble s'en soucier.

Voilà un exemple parmi beaucoup d'autres de la pauvreté dont souffrent des millions d'êtres humains dans le monde, spécialement dans les pays du Sud où vit 80% de la population mondiale.

Un monde plein d'inégalités
On estime qu'au moins 1 milliard et demi d'êtres humains dans le monde vivent dans une extrême pauvreté. Chaque année, 15 millions de bébés meurent avant l'âge de cinq ans et 60 millions de personnes meurent de faim. Actuellement, 800 millions de personnes ont constamment faim.

Aux Etats-Unis - le pays de la chance ou, selon certains, le pays de l'inégalité - des statistiques montrent que 1% de la population détient 40% de la richesse du pays et que les 5% qui jouissent des revenus les plus élevés reçoivent 48% du revenu national.

Selon des rapports des Nations Unies, en Amérique latine les 10% les plus riches touchent 40% du revenu global, alors que les 20% les plus pauvres n'en recueillent que 4%.

Les Nations Unies affirment également que 37 000 sociétés multinationales détiennent 75% du commerce mondial mais n'emploient que 5% de la main-d'oeuvre mondiale. Elles utilisent des technologies conçues pour réduire de plus en plus le nombre de travailleurs nécessaires et évitent de s'implanter dans des régions qu'elles considèrent comme non rentables.

Par une ironie du sort, alors que la pauvreté s'accroît, les pays riches réduisent leurs programmes d'aide. Il n'y a probablement jamais eu autant d'inégalité et d'injustice dans le monde.

Macro et micro
Etant donné cette situation, les termes de "crédit " et de "débit" sont devenus des obscénités. Personne ne devrait être obligé d'emprunter de l'argent pour manger, et encore moins de payer un intérêt sur cet emprunt. L'Evangile chrétien nous enjoint de nourrir ceux qui ont faim. Dire aux pauvres qu'ils devraient continuer à participer au système de macrofinancement qui est responsable de leur endettement semble - c'est le moins qu'on puisse dire - déplacé.

Le microfinancement, en revanche, prend en compte le fait que des personnes et des communautés puissent être pauvres mais posséder en même temps des choses qu'ils peuvent partager avec d'autres: leur culture, leurs joies, leurs espoirs, leur colère, leur individualité et leurs talents. Les pauvres ont aussi la capacité de travailler, de coopérer, de s'organiser et de lutter. Bien des gens refusent de reconnaître ce fait et se désintéressent des pauvres, ou alors les traitent avec paternalisme. Certains donnent aux pauvres simplement pour s'en débarrasser, ou parce que cela leur donne bonne conscience.

Les motifs de nos actes sont aussi importants que les actes eux-mêmes. L'Evangile demande aux chrétiens d'agir avec amour envers leur prochain. Je ne crois pas qu'il soit possible pour des chrétiens de suivre Jésus sans s'engager dans la lutte pour la justice.

Miracle
Quand les ressources sont limitées, nous devons suivre l'exemple de Jésus, qui a tiré le meilleur parti du peu dont il disposait. J'ai toujours pensé qu'en nourrissant cinq mille hommes, Jésus faisait un acte de partage. Miraculeusement, il persuada les gens de partager leur nourriture. Tous furent rassasiés, et il y eut même des restes!

De même, le microfinancement consiste à partager de petites sommes afin que des communautés entières en bénéficient. Cependant, même si les projets de microfinancement enregistrent d'excellents résultats, le simple fait qu'ils existent nous met face à l'injustice qui les a rendus nécessaires au départ. Nous ne pouvons relâcher nos efforts avant que ce type de crédit soit devenu superflu. Nous devons repérer les causes de l'endettement et ses conséquences humiliantes afin de les éliminer et de permettre aux gens de décider eux-mêmes de leur sort, de parvenir à l'autonomie, de prendre conscience de leur force et de s'organiser efficacement.

L'objectif du microfinancement est d'accroître la capacité de gain. La pratique oecuménique, cependant, doit aussi donner aux gens la possibilité de travailler ensemble pour une société plus juste et plus humaine. Elle devrait reconnaître que les gens sont capables de prendre en main leur propre vie, et de changer la situation dans laquelle ils se trouvent.

Jésus a dit que sa mission était "d'annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, de proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, et de renvoyer les opprimés en liberté. »

Nous sommes appelés par Dieu à nous engager dans cette mission, mais il n'existe pas de formule magique. Au contraire, la justice ne sera instaurée que grâce aux efforts de gens honnêtes qui offriront leurs talents et leur vie pour le bien d'autrui. Puisse Dieu nous aider dans cette tâche.

 
 
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