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Le
Pouvoir de Provoquer le Changement
Priscilla
Nirmalakumari, membre du personnel de Genève, et
Pilar Ramirez, membre du Conseil mondial de l'ECLOF, décrivent
comment le thème du microcrédit a marqué
la récente réunion du Conseil de l'Alliance
mondiale des Unions chrétiennes féminines.
Des femmes du monde entier, habillées de couleurs
vives, prirent d'assaut l'hôtel Sheraton du Caire
en juillet 1999, pour la réunion du Conseil des Unions
chrétiennes féminines, réunion dont
le thème était "Le pouvoir de provoquer
le changement". Les employés de l'hôtel
nous dirent qu'ils étaient habitués aux grandes
assemblées d'hommes, et que c'était une expérience
fort différente d'accueillir 400 femmes!
Provoquer
le changement
Dans un discours programme intitulé "Célébrons
le passé et accueillons l'avenir", Mme Musimbi
Kanyoro, secrétaire générale de l'Alliance
mondiale des Unions chrétiennes féminines, appela
les déléguées à prendre des risques
afin de provoquer des changements positifs et de faire en
sorte que le rôle dirigeant joué par les femmes
( "Leadership of Women") devienne la caractéristique
de leur organisation.
Elle
invita également les UCF du monde entier à former
de nouvelles coalitions: "Si nous adoptons le système
du microcrédit, pourquoi ne pas créer des alliances
avec Women's World Banking, la Fondation oecuménique
pour l'aide aux Eglises (ECLOF), et d'autres organisations
dont le signe distinctif est la pratique du microcrédit?"
Mme
Pilar Ramirez, de Bolivie, était à la même
tribune que des représentantes de Christian Aid lors
d'une séance plénière sur le microcrédit.
Des
vies transformées
Elle donna un aperçu de l'histoire et du concept
du microcrédit. Elle décrivit ensuite les méthodes
utilisées pour l'octroi de petits crédits et
le calcul de bons taux de remboursement, surtout pour les
prêts aux femmes. Elle déclara que, pour beaucoup
de femmes pauvres, le microcrédit représente
maintenant une source différente et abordable d'argent
liquide dont elles ont grand besoin pour financer des activités
lucratives. Elle cita la chercheuse et militante kényenne
Achola Pala Okeyo, qui a écrit que l'accès au
crédit "libère les femmes du souci quotidien
que constitue l'absence d'argent". Pilar Ramirez donna
des exemples tirés de son propre travail à l'ECLOF,
qui démontrent la justesse des observations d'Achola
Okeyo. Dans la discussion qui s'ensuivit, les personnes travaillant
pour les UCF dans le domaine du microcrédit confirmèrent
que cette forme de microfinancement avait réellement
transformé la vie des femmes dans les pays qui la pratiquent.
Dette
et crédit
Au cours de la discussion, des participantes firent remarquer
que l'ECLOF et Christian Aid poursuivaient le même objectif,
à savoir soulager la pauvreté. Bien que l'ECLOF
s'occupe de programmes de crédit et que Christian Aid
fasse campagne pour la remise des dettes que les pays pauvres
sont incapables de rembourser, il n'y a aucune contradiction
entre ces deux types d'activité.
Mme
Jenni Richmond, de Christian Aid, déclara qu'elle reconnaissait
l'efficacité du crédit comme outil du développement,
mais qu'actuellement Christian Aid oeuvrait pour la remise
des dettes, qui représentent de l'argent emprunté
par les gouvernements pour le compte de leurs peuples. Or
ces prêts n'ont jamais été demandés
par les citoyens, à qui ils n'ont d'ailleurs jamais
profité. Pourtant ce sont eux qui portent tout le poids
du remboursement de ces prêts qui, grevés des
intérêts, sont devenus énormes.
L'ECLOF,
en revanche, accorde des crédits aux personnes qui
en ont besoin et en font la demande, et qui veulent assumer
la responsabilité de leur propre développement.
Les clients, après avoir utilisé les prêts
pour accroître leur capacité de gain, peuvent
les rembourser, avec dignité et respect de soi, et
aider d'autres personnes dans le besoin.
Dans
un exercice révélateur, Jenni Richmond demanda
à celles des participantes qui n'avaient jamais fait
d'emprunt sous aucune forme, même par carte de crédit,
de s'asseoir. Six personnes seulement sur 400 le firent, ce
qui démontra que presque toutes les personnes présentes
dépendaient d'une forme ou d'une autre de crédit.
Puis celles qui l'avaient fait par choix furent priées
de s'asseoir. Il ne resta alors plus que 10 femmes debout,
à qui on demanda de s'asseoir si elles avaient pu rembourser
leur prêt. Toutes se rassirent.
Christian
Aid, expliqua Jenni Richmond, fait campagne au nom de toutes
les personnes qui n'ont jamais donné leur accord à
des emprunts dont elles portent maintenant le fardeau, et
qui n'ont pas les moyens de rembourser ces dettes. Les 400
membres du Conseil des UCF confectionnèrent une longue
chaîne de papier comme symbole des chaînes de
l'endettement qui entravent des millions de personnes aujourd'hui,
et décidèrent de soutenir la campagne internationale
en faveur de l'annulation de la dette.
Atelier
Le thème du microcrédit et de son fonctionnement
fut poursuivi dans l'un des ateliers du Conseil. Les membres
du groupe décrivirent les programmes de microcrédit
dans lesquels elles étaient engagées. Alice
Abok, des UCF du Kenya, parla des efforts accomplis pour faire
en sorte que les activités commerciales de leurs clientes
soient durables. Rebecca Mulwana, des UCF de l'Ouganda, décrivit
la formation offerte à leurs clientes dans le domaine
de l'administration, de la direction et de l'égalité
des sexes. Mikelia Wickremesinghe, de Sri Lanka, expliqua
qu'il était très important d'avoir des procédures
et de la documentation simples, et montra pour exemples les
formulaires et les carnets qu'on utilise dans son pays.
Priscilla
décrivit les résultats produits par les programmes
de microcrédit et donna un aperçu des facteurs
qui accroissent leurs chances de succès. Les UCF sont
membres des comités nationaux de l'ECLOF dans des pays
comme le Myanmar, le Kenya, le Zimbabwe et Sri Lanka. Certaines
ont fait des emprunts pour développer leurs infrastructures,
ce qui permettra de financer leurs activités. Les UCF
du Kenya par exemple ont réussi non seulement à
financer, mais aussi à élargir leurs activités
avec les revenus produits par le foyer pour lequel elles avaient
emprunté. Elle encouragea les UCF à collaborer
avec les comités nationaux de l'ECLOF dans leurs pays
respectifs et, en offrant une formation à leurs clientes,
à développer l'esprit d'entreprise, les capacités
professionnelles et les qualités de cadre, domaines
qui sont la spécialité des UCF.
Puis
la discussion se concentra sur la manière de déterminer
des taux d'intérêt réalistes, la possibilité
d'offrir des prêts en nature, les obstacles à
surmonter dans les programmes de microcrédit, le crédit
dans les zones rurales, le crédit aux réfugiés
ou aux travailleurs migrants, et l'épargne.
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