Site de la Fondation Oecuménique de Crédit

English    Español    Deutsch
Recherche 
[ Login ]

 A PROPOS DE ECLOF COMMENT NOUS OPERONS PRODUITS CREDITS RESEAU ECLOF CLIENTS PARTENAIRES CONTACT HORIZONS
   
 

 

Le Microfinancement en Bolivie

Pilar Ramirez

En Bolivie, le microfinancement connaît un très grand succès. Grâce à lui, on a pu mettre sur pied des institutions et des programmes solides et florissants, augmenter le nombre de bénéficiaires de prêts, accorder des taux de remboursement enviés par le secteur bancaire et créer des microentreprises prospères. Nombre de grands établissements de microfinancement ont pu mobiliser des ressources nationales considérables en attirant l'épargne et les dépôts. Il a également conduit à l'établissement d'une autorité de réglementation qui lui permet de faire partie intégrante du système financier général de la Bolivie.

Mais ce succès a attisé les convoitises et des entreprises privées de crédit à la consommation ont vu le jour. Leurs activités menacent de réduire à néant des années de travail et les dépenses engagées pour mettre au point des mécanismes de microcrédit - prêts collectifs ou individuels, banques villageoises, coopératives d'épargne et de prêt - et pour prodiguer des conseils techniques et financiers à des milliers de clients afin de les aider à gérer efficacement leurs affaires.

Véritables prédatrices, ces nouvelles sociétés de crédit à la consommation se sont mises à recueillir les fruits du patient travail déployé par les organisations non gouvernementales, et en particulier à profiter d'une clientèle habituée à honorer ses dettes.

Ces entreprises de financement octroient des prêts à la consommation de façon irresponsable, entraînant chez leurs clients un surendettement qui compromet la viabilité des microentreprises et les programmes de microcrédit proprement dits. Les taux de portefeuille à risque ont atteint des niveaux qu'on n'aurait pas pu imaginer il y a seulement huit mois. Le taux des arriérés d'intérêt, naguère de 4% en moyenne, est passé à plus de 10% car ces entreprises privées n'ont tenu aucun compte des principes et des pratiques qui assurent le succès du microfinancement.

Confiance
Le microfinancement se fonde sur une tradition ancienne que d'aucuns qualifieraient même de désuète : l'octroi d'un prêt dans le cadre d'une relation de confiance entretenue entre le prêteur et l'emprunteur pendant toute la durée du prêt. La coutume veut que le gestionnaire de crédit se charge d'approuver le prêt et de veiller à ce qu'il soit remboursé. La combinaison de ces deux éléments (octroi et remboursement du prêt) constitue une des caractéristiques essentielles du microfinancement. Par contre les nouvelles sociétés de crédit à la consommation apparues en Bolivie séparent, elles, ces deux éléments. Le gestionnaire de crédit, ou " promoteur ", démarche les clients et est rémunéré à la commission. N'étant pas responsables du remboursement des prêts, la seule motivation des promoteurs est de placer le plus de prêts possibles et, en plus, pour le montant le plus élevé possible afin d'augmenter leur commission. D'autres établisssements s'occupent du recouvrement des créances, leurs agents travaillant également à la commission, si bien que plus ils recouvrent de prêts, plus les gains de ces établissements sont élevés ; pour cela ils exercent de très fortes pressions sur leurs clients afin qu'ils s'acquittent de leurs dettes. Les cas d'agression physique et verbale sont monnaie courante, et il n'est pas rare qu'ils pénètrent chez les clients à des heures indues pour les harceler ou saisir leurs biens pour payer des arriérés.

Evaluation
Dans le cadre des opérations de microfinancement, on a aussi pour pratique d'étudier attentivement le dossier du client ainsi que les activités économiques à financer. Les sociétés de crédit à la consommation, eux, se contentent de vérifier si les candidats ont déjà obtenu un prêt d'une agence de microfinancement car cela constitue pour eux la garantie que les clients sont habitués à honorer leurs dettes. Ces établissements ne procèdent à aucune évaluation financière et ne prennent la peine d'examiner ni la solvabilité de l'emprunteur, ni la viabilité de l'entreprise, ni le niveau d'endettement des clients.

Prêts appropriés
La saine pratique bancaire veut que le montant des prêts approuvés se situe dans les limites des fonds gérés quotidiennement par le client et reflète également les besoins de trésorerie d'une entreprise. L'expérience montre que si le montant du prêt est trop élevé, l'argent est utilisé à des fins non productives, ce qui rend plus improbable le remboursement. Etant donné que les promoteurs des agences de financement travaillent à la commission, ils ont tendance à approuver des montants élevés qui ne correspondent pas aux gains du client et compromettent d'autant le remboursement.

De véritables groupes
Les institutions de microfinancement octroient des prêts à des groupes plutôt qu'à des individus et veillent à ce que les membres d'un même groupe se connaissent, vivent les uns près des autres, et soient au fait de leurs activités économiques respectives. Cet échange d'informations remplace les garanties et nantissements généralement exigés et chaque membre du groupe est responsable du remboursement du prêt du groupe. Les sociétés de crédit à la consommation ont également utilisé la méthode du groupe, mais de façon irresponsable puisqu'elles ont regroupé des clients faisant la queue à leurs guichets, en lançant parfois l'ordre suivant : " Les quatre premiers de cette file d'attente doivent former un groupe ". Les clients ne se faisaient pas prier car ils pensaient que c'était peut-être là tout simplement une façon d'obtenir leur prêt personnel et ils ne se souciaient donc guère de savoir qui étaient les autres membres de leur groupe. Par la suite, quelle ne fut pas leur surprise de découvrir qu'ils étaient responsables non seulement de leur propre prêt mais aussi de trois ou quatre autres !

Les institutions de microfinancement en Bolivie résistent du mieux qu'elles peuvent à cette tempête et un nombre croissant d'emprunteurs potentiels comprend désormais combien il est dangereux de contracter un emprunt auprès d'une société dont l'unique objectif est de réaliser rapidement des bénéfices. Ainsi, si les Boliviens décident de ne traiter qu'avec des institutions de microfinancement fiables, cela pourrait dissuader quiconque ne respecte pas les principes et pratiques d'un microfinancement responsable et n'entend pas venir en aide aux personnes défavorisées.

Pilar Ramirez est présidente du Fonds de financement privé de la Fondation d'initiatives économiques en Bolivie ; elle est également membre du Conseil de l'ECLOF.

 
 
Up
 
English     Español    Deutsch

 Copyright 2003 ECLOF     www.eclof.org     email: info"at"eclof"dot"net