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A Qui la Faute ?

Richard Pavlic nous écrit de Salvador, au Brésil, où, lors d'un séminaire parrainé par USAID, Marguerite Robinson, du Harvard Institute for International Development et auteur de The Microfinance Revolution, a expliqué pourquoi les programmes d'épargne ne remportaient guère de succès auprès des clients des sociétés de microfinancement.

" Les pauvres souhaitent-ils épargner ? " et " Les sociétés de microfinancement réglementées ou RMI (Regulated Microfinance Institutions) peuvent-elles attirer l'épargne de façon rentable ?" Voilà les deux questions abordées par Marguerite Robinson, qui a affirmé sans détours que, selon elle, les résultats médiocres des plans d'épargne ou le refus des pauvres à économiser dans ce cadre-là étaient imputables plutôt aux institutions d'épargne qu'à l'ignorance des pauvres dans ce domaine.

Madame Robinson a fait valoir que, contrairement à l'idée reçue, les pauvres économisent proportionnellement davantage que la classe moyenne et préfèrent placer leurs deniers auprès d'institutions solides et fiables. Ainsi, dans certaines régions de l'Inde, les pauvres paient pour que leurs économies soient gardées en toute sécurité et ils ne perçoivent aucun intérêt. Lors d'une enquête effectuée en Indonésie, une famille pauvre gagnant l'équivalent de 50 USD par mois a expliqué qu'elle avait certes besoin de l'intégralité de cette somme pour couvrir ses dépenses quotidiennes, mais qu'elle économisait 5 USD par mois. Lorsqu'on a demandé aux membres de cette famille comment et pourquoi ils mettaient cet argent de côté, ils ont répondu qu'ils mangeaient moins car ils voulaient économiser pour l'avenir de leurs enfants. En Chine, une coopérative de crédit rural est parvenue à attirer 140 milliards USD d'épargne, dont 88% venaient de foyers ruraux.

Marguerite Robinson a soutenu que les coûts élevés liés aux petits épargnants pouvaient être aisément compensés par les produits et les services que proposent les institutions de microfinancement réglementées. Elle a expliqué que les petits épargnants accepteraient des taux d'intérêt moindres s'ils avaient accès à leurs économies lorsqu'ils le souhaitaient et faisaient confiance au RMI. Ses propres recherches ont démontré que les pauvres hésitaient à épargner, non parce qu'ils préfèrent garder l'argent chez eux, comme le pensent beaucoup, à tort, mais parce que l'accès à l'épargne est souvent limité. Comme les pauvres économisent proportionnellement davantage que les gros épargnants, il est clair qu'ils doivent pouvoir disposer de cet argent facilement. S'il faut pour cela proposer un service de retrait 24 heures sur 24, c'est ce que les RMI doivent faire. S'ils veulent attirer les petits épargnants et atteindre le seuil de rentabilité escompté, les RMI doivent proposer les produits et les services qui répondront aux besoins de cette catégorie de clientèle.

Epargne et emprunt
Selon les résultats des recherches, a ajouté Mme Robinson, il convient de dissocier épargne et emprunt. Les plans d'épargne obligatoires ne fonctionnent généralement pas car ils limitent l'accès des pauvres à leur épargne, et c'est une des principales raisons pour lesquelles ils n'épargnent pas.

Quels que soient le pays, la culture et nombre d'autres paramètres, il est inutile d'enseigner aux pauvres à économiser. Ils épargnent en permanence car ils n'ont pas le choix : c'est dans leur nature et cette habitude est également intimement liée à leurs activités. Les agriculteurs achètent davantage de bétail et de terre ou mettent des semences de côté en prévision des mauvaises récoltes. Les microentrepreneurs urbains font des réserves lorsqu'ils peuvent acheter des marchandises à bas prix ou stockent des produits finis qu'ils revendront plus tard.

Ces types d'épargne ne devraient pas être considérés comme des obstacles à l'épargne auprès des RMI. Ceux-ci doivent au contraire chercher à attirer cette catégorie de petits épargnants qui possèdent déjà une discipline d'épargne, et répondre à leurs besoins.

En réfléchissant à l'exposé de Marguerite Robinson, je pense que les comités de l'ECLOF sont particulièrement bien placés pour marier les besoins des personnes dont ils s'occupent et ceux des caisses d'épargne, ou pour concevoir à l'intention des clients des plans d'épargne qui, s'ils ne font pas partie des activités des comités en tant que telles, peuvent néanmoins être coordonnés pour appuyer ou compléter leurs opérations de prêt.

 
 
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