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Retour aux sources : une avalanche d'émotions

par Olga Lucía Alvarez

Sur les sept membres de notre groupe, six avaient des ancêtres africains. Nous nous sommes rendus au Zimbabwe en décembre dernier pour repré senter la COFEP (ECLOF-Colombie) à l'occasion de la Huitième Assemblée du Conseil cuménique des Eglises.

Il est impossible de décrire l'é motion qui nous a envahis quand nous avons posé le pied sur le sol africain. Nous nous sommes embrassés et les larmes nous sont montées aux yeux. Nous avons é té assaillis par toutes sortes de sentiments. Nous nous sommes rappelé nos ancêtres que l'esclavage a arrachés à ce continent et nous avons rencontré des frères et surs présentant les mêmes traits et la même couleur que nous.

C'était comme si notre sang parlait, demandant que notre terre nous reconnaisse à nouveau comme siens. Aucun d'entre nous ne comprenait ce qui se produisait. Nous nous rendions bien compte que, malgré nos racines africaines, qui sautaient aux yeux de tous en raison de nos traits et de la couleur de notre peau, nous parlions l'espagnol et pas le shona, la langue locale.

Nous cherchions à faire comprendre à tous ceux que nous rencontrions, par des gestes, qui nous étions et pourquoi nous étions au Zimbabwe.

Au début, nous nous sommes sentis comme des étrangers dans notre mère patrie, mais l'accueil de nos frères et surs nous a rass érénés. Nous avons appris des petites choses sur leur monde et quelques mots de leur langue.

Accompagnés par des membres de l'équipe de l'ECLOF-Zimbabwe, nous nous sommes rendus dans quelques villages et y avons vu des " cercles de solidarit é ". Nous avons été frappés par le fait qu'à aucun niveau il n'y avait de femmes dans la main-d' uvre du pays. Nous avons découvert l'existence d'un système patriarcal latent.

Nous avons vu des femmes africaines s'incliner vers la terre avec respect, lui demandant la permission d'en retirer de la nourriture, la traitant comme une mère. Elles n'utilisaient pas de tracteurs agressifs mais des houes légères qu'elles maniaient avec douceur. Nous les avons vues vendre leurs produits durant l' Assemblée, sur le campus de l'Université du Zimbabwe, à Harare.

Nous avions l'impression d'être dans deux mondes à la fois: le monde de la théorie et le monde de la réalité, chacun de ces mondes cherchant les moyens de soutenir l'autre. En effet, il y avait d'un côté l'Eglise, parée de beaux atours aux multiples couleurs et représentée par de nombreuses races et langues; et, de l'autre, le Peuple de Dieu, tout aussi richement habillé, s'exprimant de toutes sortes de manières. Dans la salle de réunion, l'Eglise rédigeait des documents pour soutenir son Peuple.

Dehors, pendant le padare ou " lieu de rencontre ", le Peuple de l'Eglise faisait des propositions lors de différents ateliers portant sur des sujets aussi variés que l'cuménisme, la dette internationale impossible à rembourser, l'expérience des peuples autochtones, les agriculteurs, les droits de l'homme, l'environnement, les droits de la femme au sein de l'Eglise, le néolib éralisme, le racisme, la liberté de l'expression sexuelle, les enfants des rues, les personnes déracinées, etc. Chacun pouvait échanger ses idées avec d'autres et exprimer ses besoins dans un climat de tolérance et de respect.

Cette rencontre avec d'autres Eglises et avec des frères et des surs d'autres races, d'autres cultures et d'autres langues était une expérience tout à fait nouvelle pour nous.

Nous avons également été impressionnés par les cultes qui avaient lieu dans une grande tente, chaque matin, avant que le programme de la journée ne commence. Certains instants ont été particulièrement touchants pour nous, notamment ceux où nous récitions le Notre père et le Credo chacun dans notre langue et ceux où nous chantions des cantiques et des chansons dans différentes langues, et parfois dans la nôtre, en espagnol. Nous avons senti que Dieu était pré sent, Père et Mère universelle, qui nous permettait de nous exprimer par le biais de ces liturgies créatives, au cours desquelles nous ne nous sommes pas contentés de demander et d'implorer la protection de Dieu mais où nous lui avons aussi dit merci !

Quand nous avons quitté l'Afrique, nous avons laissé derrière nous des amis, qui sont maintenant nos frères et surs. Dans un acte symbolique, nous avons emmené avec nous une poignée de terre africaine, ramassée lors de l'une de nos visites dans un village. Une fois en Colombie, nous l'avons mé langée à la terre de notre pays dans une cérémonie par laquelle nous entendions remercier Dieu d'avoir rendu possible notre expérience africaine.

Olga Lucía Alvarez est directrice exécutive de l'ECLOF-Colombie.

 
 
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