|
Horizons
> Juin 1999
L'ECLOF
au Festival de la Décennie
Envisager
l'avenir après 1998 : de la solidarité à
la responsabilité

par
Priscilla Nirmalakumari, Secrétariat de Genève
En
novembre dernier, une centaine de femmes et quelques hommes
ont pris part au Festival de la Décennie qui a précédé
la Huiti ème Assemblée du Conseil cuménique
des Eglises, à Harare, au Zimbabwe.
Le
Festival, qui avait pour thème " Envisager l'avenir
après 1998 ", a marqué la fin de la Décennie
cuménique des Eglises solidaires des femmes et permis
de discuter des défis qui attendent les Eglises dans
ce domaine. Les participantes se sont montrées particulièrement
préoccupées des actes de violence ou de discrimination
et des autres injustices dont les femmes sont victimes dans
le monde.
Pour
mettre en commun une partie de l'expérience acquise
lors du Festival et pour inviter les Eglises à la réflexion,
le Festival a envoyé une lettre à l'Assemblée
du COE. On pouvait y lire : " Dans ces larmes, nous nous
sommes reconnues les unes les autres de pays à pays.
A travers nos larmes, nous nous sommes regardées les
unes les autres et à cause de ces larmes, nous nous
sommes promis de rester ensemble et d'avancer ensemble. Nous
joignons vos larmes aux nôtres et vos histoires à
nos histoires. Nous vous invitons à travailler, à
prier et à rêver avec nous pour qu'advienne le
monde promis par Dieu ". (suite p. ?)
Lors
du culte d'ouverture du Festival, Mme Musimbi Kanyoro, secrétaire
générale de l'Alliance mondiale des Unions
chrétiennes féminines, a poussé les femmes
de l'assistance à réfléchir. Elle leur
a dit que la solidarité entre femmes ne suffisait pas,
et qu'elle devait s'accompagner du sens de leurs responsabilités
les unes envers les autres. Cette affirmation a suscité
des réflexions profondes et bien des discussions, notamment
sur la question de savoir ce qu'est la vraie responsabilité;
elle a débouché sur la rédaction d'une
lettre spéciale adressée à la Huitième
Assemblée sous le titre : " De la solidarité
à la responsabilité ". Dans cette lettre,
il est dit que ce n'est pas parce que la Décennie est
close que les Eglises peuvent oublier la responsabilité
qui leur incombe d'être solidaires des femmes. La lettre
demande également que les dix années à
venir soient une décennie d'action et de réflexion
théologique sur la question et propose plusieurs solutions
pour parvenir à cet objectif.
Participation
de l'ECLOF au Festival
Plusieurs
" cases à thème " ont été
construites sur la vaste pelouse située devant la salle
des réunions plénières. Des organisations
cuméniques ont utilisé cet espace pour tenir
des discussions, monter des expositions et vendre des marchandises
produites par leurs membres. L'ECLOF a partagé sa case
avec l'organisation GOOD, Gender Orientation on Development.
L'ECLOF
a monté une exposition intitulée " Au coude
à coude avec les hommes dans la prise de décisions
". Catherine Braasch, directrice exécutive du
département " Femmes " de l'Eglise évangélique
luthérienne d'Amérique, nous a dit que notre
exposition reflétait fidèlement la Décennie
et le Festival, qui ont souligné l'un comme l'autre
que ce n'est pas contre les hommes que les femmes doivent
se battre mais contre l'injustice et l'oppression, et qu'hommes
et femmes doivent travailler ensemble pour parvenir à
instaurer l'égalité entre les sexes. Notre exposition
donnait une image positive de la manière dont la justice
socio-économique peut devenir une réalité
dans la vie des femmes.
Pour
l'ECLOF, le Festival de la Décennie a été
l'occasion d'échanges avec des réseaux de femmes
de différentes régions. Mme Norah Chikore, de
l'ECLOF-Zimbabwe (ZECLOF), s'est jointe à moi pour
exposer les activités de l'ECLOF à nos visiteurs.
Six
personnes ayant bénéficié de prêts
de la ZECLOF ont vendu leurs produits dans notre " case
à thème ". Leur présence était
une illustration vivante de ce que le microcrédit peut
changer dans la vie des gens. Comme Mme Norah Chikore l'a
écrit (voir article ci-contre), le Festival de la Décennie
restera une expérience inoubliable pour certains bénéficiaires
de la ZECLOF, qui ont pu réaliser à cette occasion
le rêve de toute une vie.
Après
la Décennie
L'ECLOF
avait pris deux engagements au début de la Décennie
cuménique des Eglises solidaires des femmes. Il s'agissait
d'abord de renforcer la participation des femmes à
la prise de décision mais aussi de soutenir davantage
les projets lancés par des femmes. Nous sommes heureux
de pouvoir dire que nous avons avancé dans ce sens.
En 1988, année du lancement de la Décennie,
il n'y avait que 4 femmes parmi les 21 membres du conseil
d'administration de l'ECLOF. En 1998, ce chiffre était
passé à 15 pour 24 membres. Aujourd'hui, les
femmes occupent environ 50% des sièges des conseils
d'administration des différents comités nationaux
de l'ECLOF. Par ailleurs, la proportion des prêts consentis
à des femmes a augmenté de manière réguliè
re pour atteindre 53,2% de l'ensemble des prêts en 1997.
La
lettre adressée par le Festival de la Décennie
à l'Assemblée du COE reflète les engagements
de l'ECLOF. " Nous tenons fermement ", peut-on y
lire " à la vision d'un monde où régnera
la justice économique, où la pauvreté
ne sera ni tolérée ni justifiée, où
les peuples du Sud et de l'Est prospéreront, avec ceux
du Nord et de l'Ouest, un monde dans lequel l'équilibre
du pouvoir et des richesses sera restauré et où
les femmes et les enfants ne seront plus soumis à un
travail forcé et déshumanisant ".
Cette
profession de foi pousse l'ECLOF à jouer un rôle
actif dans la lutte contre la pauvreté, notamment quand
ce sont des femmes qui sont touchées. Nous soutenons
déjà les femmes qui souhaitent créer
une entreprise mais nous devrions aussi nous demander comment
faire pour que les femmes ne soient pas débordées
par leur travail et pour qu'elles aient le temps de jouir
des fruits de leur labeur. |